Bâtir pour le monde d’après, tout de suite ou maintenant ?

Et si c’était l’heure de tout réinventer ? De saisir l’opportunité du confinement et du déconfinement prochain pour repenser tous ensemble la société, le travail, l’éducation, la culture, la nourriture, la politique ou notre rapport à la planète ?

Au début de la crise du COVID 19, dans les premières semaines du confinement, nombreux sont ceux qui s’essayaient à imaginer un monde nouveau, plus écologique et plus solidaire. Nous aspirions naïvement à un nouveau monde, un monde différent, tourné vers l’humain et en phase avec son environnement …

Toutefois, les semaines passant, une autre « petite musique » est progressivement montée, avec l’affirmation de l’écrasante « crise » économique à venir, musique montante d’une violence inouïe … et le puissant « vieux monde » a repris le dessus.

Démocratiques ou autoritaires, tous les régimes sont secoués par la pandémie. La tendance au repli national et à la controverse sur la crise sanitaire est difficile à battre en brèche, terreau favorable pour enfermer ces aspirations populaires à envisager un autre modèle de société.

Illustration récente, en France le ministre des affaires étrangères, a fait part de ses réserves quant à la possibilité de voir ce nouveau monde éclore finalement, un peu comme si « les lendemains qui chantent » évoqués par le Président de la République s’envolaient.

On l’a bien compris, dans l’esprit des dirigeants politiques et des banques centrales, c’est l’urgence du redémarrage qui s’impose désormais. La priorité n’est pas de rêver d’un monde plus juste et plus respirable, mais de sauver la production, l’emploi et les profits d’une minorité de privilégiés. Pourtant demain, “l’après” sera aussi très différemment vécu selon les individus.

Acteur de l’éducation populaire, Fédération d’associations, il nous appartient de résister à cette sinistrose ambiante et de repositionner le débat. Nous le savons, indubitablement, la crise actuelle met en lumière tous les maux de nos sociétés et l’urgence d’agir pour apporter une réponse commune aux crises sociales, écologiques et démocratiques.

Selon un récent sondage de Yougov, 68 % des Français se disent prêt à adopter un comportement plus éco-responsable au sortir du confinement, tandis que 77 % de la population considère que la pandémie est le moment propice pour adopter une politique ambitieuse de transition écologique.

Une opportunité historique nous est donnée : celle d’une remise à plat d’un système injuste, d’un modèle de développement qui détruit notre climat et écrase les plus pauvres. Le tournant à entreprendre dès maintenant consistera à redonner espoir aux générations de demain.

Nous voulons être pleinement acteurs de ce moment inédit.  Notre rôle consistera à favoriser les moments, les dispositifs, les initiatives, les rencontres et les leviers permettant à tous d’imaginer le monde d’après. Celui-ci pourrait débuter par une mobilisation en premier lieu face à l’urgence sociale et climatique.

Mais, pour que nous puissions œuvrer sereinement à accompagner les citoyen.n.es à co-construire un monde d’après, les États du « monde d’aujourd’hui » doivent immanquablement garantir la sécurité sanitaire, environnementale et sociale des peuples.

C’est pourquoi, il nous faut défendre et faire la promotion de tous les services publics, bien commun de ceux qui ont le moins, en France et dans le monde entier, et la revalorisation de tous les métiers d’utilité publique.

Imaginons qu’une reconversion écologique et sociale permette de créer des centaines de milliers d’emplois de qualité en France. Cette utopie est autant réaliste qu’adaptée à la situation !  Il nous faut militer pour la relocalisation et l’adaptation de l’économie à l’urgence climatique. C’est le chemin vers une économie et une société plus résiliente.

La bataille sera culturelle. Les totems des 30 glorieuses et de la société de consommation ne sont plus compatibles avec la soutenabilité du poids environnemental de notre présence, en tant qu’espèce, dans notre écosystème global. C’est pourquoi les Gouvernements ne doivent pas remettre en cause, sous l’influence des industries polluantes, les engagements et les objectifs environnementaux internationaux.

Nous militants et acteurs de l’éducation populaire aurons fort à faire dans cette bataille. Face à nous, 75 ans de croissance débridée et de consommation à outrance depuis 1945, en plus des décennies de publicité, ont façonné nos besoins, attentes, exigences, habitudes, comportements et modes de vie …

Pourtant, comme le dit Pierre RAHBI, « c’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. »

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.