Juliette Leroy (Chanteuse, Auteure et Compositrice) et Stéphane Hocquet (Musicien, et Conteur pour la Cie du Tambour Sorcier, la Cie Mille Bonjours et le projet pop Heïti) interviennent chaque semaine au collège du Bellimont de Pernes dans le cadre de notre dispositif “Arts de la Scène au Collège” *

” Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec deux autres musiciens pour travailler sur la communication d’un projet. Ordre du jour : séance photo dans la forêt.

Tout est organisé : vêtements choisis, appareil préparé, batteries rechargées, carte SD, pied photo, mais aussi attestations employeur, attestations de déplacement dérogatoire, masques, gel hydro-alcoolique …

Ce virus.

Ça fait déjà plusieurs mois qu’on a ce virus sur le dos, des amis qui l’ont attrapé avec plus ou moins de dégâts, des assignations à résidence (étrange pour un artiste), et tout un tas de précautions qui nous font regarder cet autre, pourtant si proche, comme un danger potentiel.

Difficile à oublier. Et pourtant…

Nous voici en forêt, nous tenons toujours nos distances mais l’air frais d’automne mélangé à l’odeur d’humus nous impose délicatement d’enlever nos masques. Ouf !

Et nous voilà, en chemin, à parler de notre quotidien, de la famille, de la maison, des projets, …

On oublie ce virus.

Nous nous mettons au travail : aujourd’hui pas de photographe, alors on fonctionne au retardateur, on se débrouille et tant pis si c’est un peu flou ! D’abord, on s’amuse, difficile de se concentrer quand on se voit si rarement alors qu’avant, c’était toutes les semaines. Enfin, après quelques blagues, la séance prend forme. Chacun a une idée à proposer, un regard à poser. Ça y est, ça commence : la création collective reprend et on sent déjà en nous ce picotement, cette énergie qui fait ce que nous sommes : des artistes. Des gens qui ont envie de raconter des histoires aux autres, de montrer leur point de vue sur le monde, de dire des choses légères mais aussi graves, parfois.

Plus de virus.

Le temps d’une séance de travail et nous voilà hors de portée de ce vieux « chewing-gum » collé sous toutes les chaussures du monde. Nous créons. Nous apportons du grain au moulin de notre projet. Ça avance ! Les clichés sont beaux. Après quelques retouches et recadrages ils feront le travail. Pas celui d’un photographe, bien sûr, mais… ça avance.

La séance photo terminée, nous sommes contents de notre travail. Il nous faut maintenant ranger le matériel et regagner nos voitures. A ce moment, un des musiciens ramasse la housse de l’appareil photo et me la tend. Son sourire se fige : « mince, je viens de manipuler la sangle avec la main qui m’a servi à me moucher… ».

On sort le gel hydro-alcoolique bien rangé avec le masque, on en met sur la sangle, sur les mains («  t’en veux ? »), on se remet en route.

Le virus est revenu.

Le temps de créer, nous l’avions oublié. Pas comme de la poussière qu’on cache sous un tapis, mais plutôt comme une mauvaise averse qui ne serait que de passage. Comme dirait l’autre : « après la pluie, le beau temps ». Alors, oui, ce n’est vraiment pas facile d’avancer, de créer, de projeter avec cette réalité. Mais il ne fera que nous ralentir. Le mot STOP n’est pas une option. Et même si les concerts et spectacles sont à l’arrêt, nous continuons. On avance.”

 

* Dispositif soutenu par le Conseil départemental du Pas-de-Calais

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