Apprivoiser les écrans et les médias sociaux (pendant et après la période de confinement)

Pendant toute la durée du confinement, chaque semaine, la Ligue de l’enseignement du Nord et du Pas-de-Calais partagent des publications autour des différentes opportunités éducatives et pédagogiques que nous offre cette période. En nous appuyant sur les actualités, en lien avec le COVID 19, l’idée est de s’en servir de point de départ d’une mise en perspective pédagogique avec nos enfants et jeunes à la maison ou en structure éducative encore active.

Deuxième numéro de ce dossier : Maitriser les écrans et les médias sociaux

Évidemment si vous avez un enfant de moins de 10 ans, et plusieurs écrans à la maison (la moyenne en France est de 6 écrans par foyer), pas de panique ! Mais de sérieuses raisons d’être vigilant quant à l’usage et au volume d’utilisation des écrans par vos enfants.

Le confinement : Une période périlleuse pour la génération Alpha

La génération Alpha, est, pour résumer, composée des enfants nés après 2010. Il s’agit de la première génération à passer toute sa vie pleinement immergée dans les technologies numériques et dans le monde des GAFAM. C’est également en 2010 que l’iPad a été lancé, qu’Instagram est né et qu’«Appli» a été désignée mot de l’année.

Alors que le printemps, nous attends dehors, nous devons rester à l’intérieur, parfois dans des logements exiguës, qui ne permettent pas toujours d’assurer un espace à part entière à chaque personne du foyer. Si on ajoute, l’exigence de télé-travailler pour beaucoup de parents, une période de confinement qui s’allonge encore et encore, des températures estivales dehors, et des enfants qui sont nés dans ce bains d’écrans : le cocktails devient explosif et la tentation du encore plus d’écrans devient grande, tant ces outils ce sont imposés comme des moyens massifs de divertissement et d’occupation de nos enfants.

Le constat de surconsommation d’écran pour les jeunes et les enfants

La consommation du numérique récréatif sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, ordinateur etc.- par les jeunes et les enfants est très importante. Michel DESMURGET, docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’INSERM qualifie même cette consommation numérique par nos enfants d’« astronomique » !

  • Dès 2 ans les enfants en France cumulent en moyenne chaque jour, presque 3 heures d’écran
  • Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4H45 par jour
  • Entre 13 et 18 ans, ils cumulent à 6H45 par jour en moyenne.

Sur une année, cette consommation d’écran et de numérique représente autour de :

  • 1000 heures pour un élève en maternelle (ce qui représente plus que le temps passé à l’école sur l’année)
  • 1700 heures pour un élève de cours moyen (l’équivalent de 2 années scolaires)
  • 2400 heures pour un lycéen (l’équivalent de 2 années et demi en cours)

Faut-il pour autant s’en préoccuper ?

Pour certains, les digitals natives , profitent de conditions technologiques qui vont leur permettre d’être plus réactif, plus compétent pour traiter les flux d’informations, plus intelligent etc.

Attention et vigilance néanmoins à l’importance de la propagande marketing, qui transforme des outils numériques en outils pédagogiques et éducatifs capables de véritables miracles et d’être les meilleurs alliés du développement de nos enfants.

En effet, les scientifiques sont beaucoup moins enthousiastes : tous les piliers du développement de l’enfant sont affectés par la surexposition aux écrans, à commencer par le développement physique avec des effets sur le corps : obésité, maturation cardio-vasculaire par exemple. Des effets émotionnels également : agressivité, dépression, sans oublier les impacts intellectuels comme sur le langage ou la concentration par exemple. L’ensemble des effets indésirables de la surconsommation d’écrans est largement documenté[1] mais reste parfois confidentiels par rapport à la force de persuasion des campagnes de communication des géants du numérique.

Quelques repères simples : la règle des 3 – 6 – 9 – 12

La règle des « 3-6-9-12 » est proposée par Serge TISSERON, psychiatre et docteur en psychologie, elle donne quelques conseils simples articulés autour de quatre étapes essentielles de la vie des enfants : l’admission en maternelle, l’entrée au CP, la maîtrise de la lecture et de l’écriture, et le passage en collège :

https://www.youtube.com/watch?v=IluvGXw4Qxw

Mais que signifie au juste cette règle ?[2]

charte 3-6-9-12

1 / Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible
Parce que de nombreux travaux montrent que l’enfant de moins de trois ans ne gagne rien à la fréquentation des écrans.

2/ Pas de console de jeu portable avant 6 ans
Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention, et cela se fait évidemment aux dépens de ses autres activités.

3/ Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en collège
L’accompagnement des parents sur Internet n’est pas seulement destiné à éviter que l’enfant y soit confronté à des images difficilement supportables. Il doit lui permettre d’intégrer trois règles essentielles : tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public, tout ce que l’on y met y restera éternellement, et tout ce que l’on y trouve est sujet à caution parce qu’il est impossible de savoir si c’est vrai ou si c’est faux.

4/ Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence
Là encore, un accompagnement des parents est nécessaire. Il faut définir avec l’enfant des règles d’usage, convenir d’horaires prédéfinis de navigation, mettre en place un contrôle parental…

L’occasion de définir de nouvelles habitudes !

Rare sont les moments, ou l’on peut avoir ce temps salvateur, de prendre du recul, réfléchir et regarder la minière dont nous fonctionnons en temps « normal ». La période de confinement est une période de questionnement, pour ne pas dire de remise en question à tous les niveaux. Ce peut donc être une formidable occasion de prendre le temps de repenser et de redéfinir de nouvelles habitudes de consommation numérique et d’écrans avec nos enfants et nos jeunes.

Des conseils pertinents pour initier cette démarche de la part de Serge TISSERON sont à retrouver par ici : https://www.3-6-9-12.org/confinement-nos-conseils-de-vie-quotidienne/


1/ Faire le point sur la consommation d’écran de la famille

C’est le moment de pouvoir connaitre notre consommation numérique : combien de temps par jour ? pour quelle utilisation ? Qu’est-ce qui est vraiment important et qu’est-ce qui l’est moins ? On peut accompagner nos enfants à faire ce petit « diagnostic » sous forme de jeu et en faire le bilan tous ensemble à la fin d’une semaine par exemple. La prise de conscience, est une étape essentielle à tout processus de changement, il ne faut donc pas la négliger et y impliquer vos enfants, sans vous y extraire non plus !

2/ Tout changement doit être amené de manière progressive

Dans le cas où vous souhaitez engager un changement des habitudes numériques, alors celui-ci ne doit pas se faire sous la forme d’une rupture net ou on passerait par exemple de 4 heures d’écran par jour à zéro. Zéro n’étant pas non plus un horizon souhaitable pour tous les âges évidemment, donc pas d’excès dans les objectifs fixés. Pas non plus d’excès dans la méthode : on préfèrera donc introduire de petits changements progressifs, une semaine après l’autre qui constitueront, pas après pas, les nouvelles habitudes de demain.


Pour les plus jeunes : savoir garder le contrôle

Nous l’avions déjà évoqué dans la présentation de ce dossier, mais face à l’intrusion massif des outils numériques et de l’ensemble des possibilités qu’ils génèrent, nos enfants et nos jeunes ont plus que jamais besoin d’être bien orientés dans cette jungle d’informations et de données illimités auxquels ils ont potentiellement accès.

Les parents doivent donc garder le contrôle, quelques conseils pertinents de la part de l’association E-enfance , ainsi qu’un guide du contrôle parental sur les différents outils de connexion de nos enfants et de nos ados (ordinateur, console de jeux vidéo, smartphones etc.)  à retrouver par ici : https://www.e-enfance.org/espace-controle-parental

Les alternatives aux écrans sont infinies

Étant donné que l’infini est compliqué à faire entrer dans un article aux exigences éditoriales limitées, nous évoquerons seulement deux exemples d’alternatives aux écrans, à expérimenter pendant cette période de confinement, autre que la pratique des ateliers philo dont nous avons déjà parlé dans le premier épisode de notre dossier sur les opportunité pédagogiques de la situation inédite que nous vivons :

https://www.ligue62.org/animer-des-ateliers-philo-avec-les-enfants-et-les-jeunes-pendant-et-apres-la-periode-de-confinement/?fbclid=IwAR09yGxyWUwe5Bp8N0N9XP6oquuhuDSj-_Ql6unHA0KtPvrauIGjqc3HII8

 


Quelques idées parmi d’autres, histoire de faire patienter encore un peu le printemps :

1/ Le Cosmos à sa fenêtre

La revue Ciel et espace propose une série d’articles (également disponible sur son site internet) pour nous proposer de nous évader par l’œil et l’esprit grâce à l’observation du Ciel. Même si nous vivons en ville, il y a des choses à voir en cette période intéressante où l’on peut assez facilement observer Vénus, évidemment l’astre des nuits, la Lune, mais aussi un groupe d’étoiles brillantes (les Pléiades) à proximité de Vénus qui s’observe facilement en ce moment.

Pour ceux qui se lèvent tôt, vers 6 heures, on distingue parfaitement Mars, Jupiter, et Saturne.

Des activités d’observation très simple à réaliser, qui ne demande pas de matériel, et qui nous permettent de relever la tête, prendre de la hauteur et rêver ensemble. A retrouver par ici :

https://www.cieletespace.fr/actualites/a-ciel-espace-jefaisunjournalchezmoi

2/ Observer et identifier les oiseaux qui nous entourent

Vous avez évidemment remarqué qu’avec le confinement, un silence inhabituel s’est installé dans certains quartiers en ville, et s’est approfondi à la campagne : c’est le moment ou jamais d’apprendre à faire la différence entre le gazouillis du rouge-gorge, de la mésange charbonnière, ou du merle. D’autant qu’en cette période où la nidification commence, les oiseaux chantent à tue-tête. 

La Ligue de protection des oiseaux  (LPO) a profité de cette occasion pour relancer son programme de sciences participatives de comptage des espèces, rebaptisé pour l’occasion “Confinés mais aux aguets”. Merles, corneilles, moineaux, mésanges, il suffit de s’installer dans son jardin, sur son balcon et même à la fenêtre pour les observer ! 

Ce comptage d’oiseaux, qui n’était pas programmé à l’origine, sera néanmoins utile à la LPO pour collecter un maximum de données.  L’association espère aussi sensibiliser le grand public pour le prochain comptage officiel : une initiative à faire avec ses enfants et à retrouver par ici :

https://www.lpo.fr/actualites/avec-la-lpo-la-nature-s-invite-chez-vous


[1] La Fabrique du crétin digital – Les dangers des écrans pour nos enfants / Michel DESMURGET

[2] L’ensemble des conseils de la règle des 3-6-9-12 est à retrouver sur le site de l’AFPA https://afpa.org/outil/affiche-regle-3-6-9-12-ans/