Séparatisme et laïcité, attention aux amalgames !

Depuis 2013, l’Observatoire de la laïcité a pour fonction de formuler des avis, des recommandations sur les questions qui se posent dans la mise en œuvre de la laïcité dans le respect de la loi de 1905. Il joue un rôle majeur dans l’accompagnement des acteurs dans des contextes tendus, d’autant que la laïcité a été quelquefois instrumentalisée pour des enjeux politiques qui dépassent le cadre de la loi.

En toute indépendance et dans le seul esprit de la loi de 1905, il a réalisé une multitude d’interventions, de formations et éclairé  beaucoup de responsables  sur des situations particulières : 350.000 fonctionnaires, associatifs ou entreprises, ont été formés en huit ans.

Un bilan important sur un sujet aussi sensible dans le contexte des attentats, des instrumentalisations de tous genres qu’ils ont suscité ou suscitent encore et qui conditionne le vivre ensemble dans un climat apaisé.

Fort de l’esprit et de l’idéal desquels la laïcité a émergé (rappelons le, la laïcité doit en premier chef permettre d’apaiser les tensions) l’Observatoire a su calmer des situations pour lesquelles il est nécessaire de prendre du recul afin que l’affect et l’émotion ne dominent pas les débats.

Malheureusement, pour tout remerciement de la qualité du travail accompli, l’Observatoire est condamné à disparaître.

Comment peut-on y mettre un terme de manière aussi brutale quand tout le monde, mis à part quelques défenseurs d’une laïcité qui exclut, reconnait l’immense travail d’une qualité indéniable effectué par l’office et ce dans un contexte particulièrement difficile ?

La Ligue de l’enseignement du Nord, les partenaires de nos semaines départementales de la laïcité, associations, collectivité locales, enseignants peuvent apporter témoignage de la qualité de ses interventions.

En ce temps où l’Observatoire est menacé dans son existence, nous voulons apporter tout notre soutien au Président Jean-Louis Bianco et au Directeur général Nicolas Cadène.

Dans le même temps, une loi sur le séparatisme dont on pouvait questionner l’opportunité vient d’être votée par le Sénat dans une version très dure à l’égard des associations qui doivent justifier de leur moralité afin de bénéficier de fonds publics.  Ainsi la liberté de s’associer serait conditionnée au respect du pacte républicain, soit, mais pourquoi ne pas faire en sorte que les associations appréhendent ce qu’est la république, comment elles peuvent traduire en actes ses valeurs et son principe d’organisation qu’est la laïcité. Faut-il réprimer sans avoir jamais expliqué ? C’est pourtant le travail que fait l’Observatoire et le travail que nous réalisons au quotidien.

En cette période troublée dans laquelle l’avenir est incertain, les tensions économiques sont accrues et le repli sur soi devient une norme sanitaire pourquoi doit-on ajouter à cela un arsenal législatif qui ne fera que conforter le positionnement de l’extrême droite.

En effet, celle-ci n’a pas d’autre fonds de commerce que la lutte contre le communautarisme, l’immigration et l’islam. Elle utilise pourtant le même langage communautaire que ceux qu’elle voudrait condamner parlant de racines, d’identité, de préférence …

A l’heure où Marine Le Pen est donnée possible gagnante au second tour de l’élection présidentielle, il nous faut plutôt être vigilant à ne pas lui donner d’espace médiatique et à créer les conditions d’une cohésion plus forte de notre population.

Est-ce en interdisant aux mamans voilées d’accompagner les sorties scolaires, en suspendant les allocations familiales que la loi sur le séparatisme pense régler le problème de fond de la montée de la xénophobie et des replis identitaires de tous ordres.

Il y a des séparatismes qui fragilisent la République, le séparatisme des plus riches qui recourent à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, le séparatisme des mêmes qui mettent leurs élèves dans le privé pour se retrouver entre soi, le séparatisme des identitaires qui veulent exclure celles et ceux qui ne correspondent pas à leur idéologie sectaire et excluante.

Comme le dit la sénatrice Eliane Assassi, ce texte sur le séparatisme n’est pas opportun car « il divise, il fragilise et stigmatise à tel point qu’il sépare ».

Nous continuons et continuerons toujours à travailler auprès des associations, des enseignants, de tous les acteurs éducatifs afin de rappeler que la République est basée sur trois valeurs : Liberté-Egalité-Fraternité et un principe d’organisation la laïcité qui garantit à chacun la liberté de conscience, la liberté de croire ou ne pas croire.

En traitant chaque être humain en égale dignité, la laïcité rassemble et nous permet de vivre nos différences dans une société apaisée. Elle est la meilleure solution pour lutter contre le séparatisme. Après 116 ans, elle a surmonté toutes les épreuves les plus douloureuses de notre histoire.

Pas besoin d’une nouvelle loi votée à la hâte avec des arrières pensées politiciennes.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Ligue de l’enseignement du Nord

« Vingt fois plus de chances d’être contrôlé quand on est un jeune homme noir ou arabe »

Cela se passe en France en 2017, c’est le retour d’une étude menée par le défenseur des droits. Ceux qui en sont victimes n’appelleront certainement pas cela une chance, tant le fait d’être présumé suspect par sa seule apparence est vexatoire, humiliant et inadmissible dans une république dont le 2ème élément du triptyque républicain est la fraternité.

Plutôt qu’une nouvelle loi sur le séparatisme, rebaptisée loi confortant les principes républicains, il serait temps non pas de les conforter, mais simplement de les faire vivre et respecter par tout un chacun et tout particulièrement par celles et ceux qui sont chargés de faire respecter la loi.

Comment notre jeunesse, et en particulier celle qui vit dans les quartiers qu’on dit par pudeur sensibles pour ne pas dire pauvres, peut-elle croire à l’égalité et la fraternité que prône notre république alors qu’un jeune noir ou arabe a vingt fois plus de chances d’être contrôlé comme le constate le défenseur des droits.

Comment peut-on accepter que, dans une émission de télévision, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin se livre à une surenchère démagogique avec la représentante de l’extrême droite, Marine le Pen, qui en arrive à confesser qu’elle pourrait signer son livre sur le séparatisme. Ce glissement dangereux contribue à dé-diaboliser voire banaliser l’extrême droite. Les sondages confirment ce danger en nous informant que 48 % des français la verrait l’emporter au second tour de la prochaine présidentielle.

Comme s’il n’y avait qu’un séparatisme, dont l’Islam en serait l’artisan, afin de s’attaquer à la laïcité. Mais ne confondons pas Islam et islamisme pas plus que nous ne confondons catholicisme et intégrisme. Si le fanatisme et le terrorisme islamiste constituent une réelle menace qu’il faut prendre au sérieux sans aucun angélisme, le séparatisme c’est aussi celui des plus riches qui vivent dans leurs quartiers protégés, qui s’exonèrent de l’impôt par le biais de l’évasion fiscale ou qui échappent à la carte scolaire en mettant leurs enfants dans le privé.

La question sociale, le séparatisme social sont une menace sérieuse pour la laïcité, la fraternité et bien sûr pour la cohésion de notre modèle républicain. Pour Jean Jaurès, le danger principal n’était pas les religions mais notre incapacité à répartir les fruits de notre richesse et ainsi à protéger les plus faibles. Il l’exprimait ainsi : « La République doit être laïque et sociale mais elle restera laïque parce qu’elle aura su être sociale ».

La laïcité et la fraternité ne peuvent s’accommoder, dans un pays comme le nôtre, que les plus riches deviennent encore plus riches, que les 20 entreprises du CAC 40 aient réalisé 175 milliards d’euros de bénéfices en 2020 et que, concomitamment, la pauvreté ait augmenté fragilisant encore plus les plus pauvres d’entre nous.

Nous sommes dans une situation explosive qui alimente le défi face aux institutions de la République. Soyons vigilants à ce que des actes irresponsables de contrôle au faciès, ou d’arrestations musclées, comme ce fut le cas avec le producteur noir Michel Zecler, ne viennent mettre le feu aux poudres.

Bien sûr, nous sommes conscients que ce sont des choix politiques courageux au long cours qui viendront à bout du terreau social générateur des peurs et des replis identitaires qui nourrissent le discours d’extrême droite.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille attendre les bras croisés les solutions qui permettront de faire reculer les intolérances. Il nous faut agir au quotidien pour faire vivre le nécessaire principe de laïcité et cette valeur essentielle de fraternité qui permettent concrètement de changer les mentalités et les comportements.

C’est la raison même de l’engagement de la Ligue de l’enseignement. Cela passe par notre capacité à reconstruire des liens d’altérité et de fraternité et aussi à apporter des éclairages conséquents sur le monde qui nous entoure et son fonctionnement afin de produire de la connaissance.
C’est là le travail que doivent assumer toutes celles et tous ceux qui se revendiquent de l’éducation populaire, les républicains et les humanistes, tous camps confondus.

Ce travail constitue une urgence aggravée encore par la crise du Covid19. Une analyse des contenus publiés sur les réseaux sociaux a montré, à partir de l’utilisation de mots-clés, le lien entre discours complotistes, discours haineux et anti-minorités.

L’annonce du nouveau confinement le 14 octobre 2020 a, par exemple, généré des pics d’utilisation de mots-clés en lien avec les discours anti-arabe, anti-maghrébin, anti-asiatique, antimusulman et/ou anti-réfugiés.

Ces groupes y sont décrits comme les menaces principales qui touchent le pays.

L’analyse détaillée de ces quatre discours démontre par ailleurs une intersection claire entre leurs contenus haineux anti-minorités et la désinformation sur la Covid19, notamment les thèses anti-vaccins et anti-mesures sanitaires. Des contenus largement partagés présentent ainsi différentes communautés comme responsables de la pandémie, et le gouvernement français comme à l’origine de l’instauration d’une dictature dans le pays.

L’éducation populaire apporte un vaccin contre l’ignorance et la haine, elle forme des femmes et des hommes libres capables d’aimer.

La Ligue de l’Enseignement du Nord est implantée dans le département depuis presque 100 ans. Elle œuvre à faire que la fraternité ne soit pas qu’une valeur inscrite au fronton de nos mairies et nos écoles mais une réalité mise en œuvre dans nos actions quotidiennes.

C’est pourquoi nous avons initié un évènement départemental intitulé « Faîtes la Fraternité » qui est la vitrine visible de ce que nos partenaires, associations, collectivités publiques et milieux scolaires réalisent tout au long de l’année. Elle rassemblera cette année 130 actions menées par plus de 150 Partenaires au cours de la semaine du 15 au 22 Mars 2021.

Merci à toutes celles et ceux qui s’engagent à nos côtés pour faire vivre ce bel idéal trop souvent abimé.

Grâce à vous, nous rassemblons, nous accompagnons, nous formons à la fraternité pour faire nôtre le propos de Saint-Exupéry :” Une démocratie doit être une fraternité sinon c’est une imposture.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Ligue de l’enseignement du Nord

” J’avais 20 ans, je ne laisserais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie “

C’est ce qu’écrivait, en 1930, Paul Nizan, philosophe écrivain ami de Jean Paul Sartre, en introduction d’Aden Arabie, voulant signifier par-là que cette période de la jeunesse est déjà difficile en temps normal pour se construire une identité et se projeter dans un avenir professionnel, sentimental, idéologique et social.

Nos jeunes d’aujourd’hui sont en plus frappés de plein fouet par la covid19. Plus que d’autres, les conditions sanitaires les privent de mobilité, de lieux de rencontres, de convivialité et de culture à un âge où les échanges et les contacts sont indispensables à la construction de leur altérité et de leur identité.

Aux difficultés psychologiques et sociales de l’isolement, s’ajoutent l’anxiété face à un avenir professionnel hasardeux lié à des conditions pédagogiques dégradées, des examens incertains, des stages introuvables et la hantise de diplômes dévalorisés qui les pénaliseraient durablement dès leur entrée dans une vie active que les conséquences économiques et sociales engendrées par la pandémie rendront encore plus difficiles.

La crise sanitaire a mis en évidence la pauvreté des jeunes des milieux populaires qui doivent travailler pour financer leurs études. Les petits boulots mal payés, aujourd’hui disparus, contribuaient à cacher la précarité de toute une jeunesse qui pâtissait de la double peine de l’héritage culturel et des moyens matériels pour la réussite des études.

Cette crise met en évidence la fracture numérique et le sous investissement technologique de l’éducation nationale qui accentuent les inégalités sociales et l’accès à l’éducation. On ne suit pas les cours à distance de la même façon selon que l’on vit dans une maison spacieuse avec un grand nombre de terminaux numériques ou un appartement surpeuplé avec un seul ordinateur, et que l’on a dans sa famille le capital culturel pour vous épauler.

Bien sûr au cours de l’histoire, les jeunes n’ont pas été épargnés, notamment lors des guerres, mais aujourd’hui ce sont les victimes des crises conjuguées qui se cumulent : crise écologique, crise idéologique, crise économique et sociale dont la crise sanitaire en est le révélateur.

Dans ces conditions, comment se projeter dans un avenir lointain quand le quotidien vous angoisse ?

Qui peut accepter, dans la 5ème puissance économique mondiale, que les moins de 30 ans représentent la moitié des pauvres, que le taux de chômage des 18-25 ans soit 2 fois et demi plus élevé que la moyenne nationale, que des étudiants soient contraints d’aller aux « Restos du Cœur », qu’un tiers des jeunes doive renoncer aux soins, qu’un quart d’entre eux ait des pensées suicidaires et que leur confiance dans la démocratie soit en constante érosion ?

Est-ce cela l’avenir que nous voulons pour notre jeunesse ? Quel avenir pour un pays qui sacrifie ses jeunes, qui les force à s’expatrier pour poursuivre leurs recherches ? Que deviendrons-nous sans l’imagination créatrice de notre jeunesse ?

Il est temps que nous donnions à notre jeunesse les outils pour se construire, pour rêver et bâtir une autre société que celle qui a conduit à l’impasse dans laquelle elle se trouve. Les défis qui sont devant nous, l’urgence écologique, démocratique et sociale sont tels qu’il est urgent de sortir des discours de compassion.

Il ne suffit pas de dire, comme le Président de la République, que” c’est dur d’avoir 20 ans”, il faut agir et prendre les décisions pour répondre à la détresse de la jeunesse et lui donner les moyens de son avenir.

Il est essentiel que l’éducation nationale et l’enseignement supérieur donnent aux jeunes une véritable égalité des moyens pour se construire autrement que dans la seule logique de l’évaluation, de la compétition et du « tri » social.

Comment se peut-il que, dans le plan de relance, on ait oublié financièrement les jeunes qui de toute évidence seront en première ligne pour répondre aux défis écologiques, économiques et sociaux de la société qu’ils doivent construire ?

Il est indispensable de donner à tous les jeunes un minimum garanti pour pouvoir étudier dans de bonnes conditions et se construire un parcours positif de vie.

C’est une question de justice sociale mais aussi de réussite dans la nécessaire mobilisation de toutes les énergies. Qu’on ne vienne pas nous dire que c’est économiquement impossible alors que les riches deviennent de plus en plus riches et qu’avec la crise sanitaire les 10 plus grandes fortunes françaises se sont enrichies de 175 milliards € en 2020 !

Enfin, mouvement d’éducation populaire, nous devons nous aussi tout mettre en œuvre pour offrir à notre jeunesse un projet désirable qui réponde aux préoccupations majeures de notre société et laisse place aux formes nouvelles d’engagement.

Bruno VERBEKEN
Président de la Ligue de l’enseignement du Nord

La pandémie de covid 19, une opportunité pour repenser un monde désirable, plus juste, plus solidaire, plus fraternel, respectueux de cette nature qui nous unit.

Comme chaque année, la tradition veut que nous souhaitions tout ce qu’’il y a de meilleur à chacune et chacun d’entre vous pour la nouvelle année. Mais cette année la pandémie a distendu nos liens sociaux, nous a tous frappés sans distinction, mais plus fortement celles et ceux déjà dans une situation fragile, c’est pourquoi dans ce contexte particulier nous voulons conjurer les mauvais augures et vous souhaiter une année 2021 pleine de réussite, d’amour et de fraternité.

Nous sommes dans un cycle éprouvant qui touche l’humanité dans son ensemble comme la peste au moyen-âge a frappé toute l’Europe avec des conséquences économiques et sociales considérables.

A la différence du virus Ebola ou autres qui sont restés localisés et n’ont pas déclenché d’alerte mondiale, le Covid19 frappe potentiellement tout le monde quel que soit son origine, sa condition, sa culture. Nous sommes donc tous impactés dans nos vies quotidiennes. C’est une démonstration que notre planète n’a de frontières que celles qui enferment nos esprits.

La pandémie et sa gestion ont impacté directement notre mouvement d’éducation populaire car elles ont modifié considérablement les rapports interpersonnels, les possibilités de diffusion et de réappropriation collective de l’information ainsi que la capacité de chacun à participer à la vie citoyenne que ce soit par l’usage de ses droits civiques ou par la participation à des actions ou des œuvres collectives. Tout ce qui fait notre raison d’être.

Pour autant nous n’avons pas baissé les bras, nos associations ont contribué à maintenir le nécessaire lien social et à apporter la solidarité aux plus fragiles. Les services de la Fédération ont continué à fonctionner en s’adaptant à ce contexte pour faire vivre nos valeurs comme cela a été le cas avec la Semaine de la laïcité. Les newsletters nous ont permis de maintenir, dialogue, réflexion et informations.

Notre démocratie doit être exemplaire, la distanciation ne doit pas stopper ou empêcher la participation. Il nous faut impérativement adapter nos pratiques, en réinventer d’autres pour répondre aux grands défis qui sont devant nous. Aussi, avons-nous décidé cette année de travailler en interne et en externe pour faire en sorte que cette situation soit l’occasion pour notre mouvement d’éducation populaire de montrer que nous sommes en capacité de contribuer à construire et transmettre les clés de compréhension du monde qui nous entoure et ainsi susciter une participation citoyenne éclairée.

La crise de la covid19 est le révélateur des dysfonctionnements d’un système à bout de souffle, à bout de cycle, celui d’une économie de prédation qui détruit les écosystèmes et la biodiversité, l’une des causes de l’émergence du virus, mais aussi d’un système où les économies mondialisées intensifient les échanges à la seule logique d’une plus grande rentabilité au profit de quelques privilégiés.

Face à cette situation, l’éducation populaire doit être au rendez vous de la construction d’un nouvel humanisme écologique et social, comme elle l’a été au milieu du 19ème siècle lorsqu’elle a contribué au mieux-être des laissés pour compte du progrès industriel. Les grandes avancées sociales, école laïque pour tous, droit d’association, loi de 1905 ont été le résultat de mobilisations collectives où l’éducation populaire a contribué à éveiller les consciences. A nous de jouer le même rôle dans ce nouveau contexte.

Dès 2019, le conseil d’administration a fait de l’urgence climatique et de la biodiversité un axe prioritaire de toutes les actions de la Fédération. D’une certaine manière, la crise du covid19 est venue corroborer la pertinence de ce choix. Pour nous donner les moyens de mobiliser l’ensemble de la fédération dans toutes ses composantes, nous avons décidé la mise en place des conseils d’orientation qui seront opérationnels dès 2021. Rassemblant les élus, le personnel, les adhérents et nos partenaires ils doivent définir les orientations des différents pôles pour les prochaines années dans le cadre global de l’enjeu de l’urgence écologique. Ils se tiendront pendant le premier trimestre et serviront de base à l’écriture de notre projet fédéral qui sera présenté à notre prochaine assemblée générale.

Nous continuerons à œuvrer pour mettre à la disposition de chacun les outils pour appréhender le monde tel qu’il est, avec ses enjeux écologiques, sociaux, démocratiques et culturels. Avec nos deux fédérations sportives, nos pôles éducation, culture, formation, innovation sociale, séjours éducatifs, avec l’accompagnement que nous réalisons auprès des 900 associations affiliées nous avons l’ambition de donner à chacun les clés de compréhension de notre société en vue de renforcer une organisation sociale dont l’objet primordial sera l’amélioration de la condition humaine en harmonie avec notre planète.  

La crise que nous vivons devra nous faire prendre conscience qu’il y a urgence à modifier nos pratiques et nos usages. Si les ressources ne sont pas inépuisables, nous ne pouvons continuer à les extraire sans vergogne, nous ne pouvons pas modifier constamment notre environnement sans conséquences sur la santé humaine.

Rousseau écrivait déjà sur l’homme en 1762 : «Tout dégénère entre les mains de l’homme.Il force une terre à nourrir les productions d’une autre, un arbre à porter les fruits d’un autre, il mêle et confond les climats, les éléments, les saisons, il mutile son chien, son cheval, son esclave. Il bouleverse tout, il défigure tout, il aime la difformité, les monstres. Il ne veut rien tel que l’a fait la nature, pas même l’homme ».

Que cette année 2021 soit pour nous l’occasion de montrer que l’idéal de l’éducation populaire n’est pas figé dans les années glorieuses de notre histoire mais qu’il sait se réinventer pour répondre aux défis d’aujourd’hui d’une société plus juste, plus fraternelle dans une nature protégée qui ne doit plus être soumise aux seuls intérêts à court terme de quelques nantis. C’est là le nouvel humanisme auquel nous aspirons.

Edward Abbey romancier et écologiste américain disait, dans son ouvrage En descendant la rivière :
« Une société qui se sent trop pauvre pour se permettre de préserver la nature sauvage ne saurait mériter qu’on l’appelle civilisation »

Meilleurs voeux pour 2021.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Tous unis pour les 115 ans de la loi de 1905.

Une loi juste et parfaite. « Ce n’est pas parce qu’elle est loi qu’elle est juste, mais parce qu’elle est juste qu’elle doit être loi. »

C’est ainsi que Montesquieu rappelait que la loi est l’instrument principal de la justice, et qu’à ce titre elle est censée être vertueuse afin d’encadrer et faire évoluer une société. Si nombre de lois sont critiquables en leur sens pratique, celle de 1905 est construite dans des proportions qu’à la Ligue de l’Enseignement nous pourrions qualifier de justes et parfaites.

Justes, parce que le contenu de cette loi s’adresse à tous et garantit à chacun les mêmes droits quelles que soient les croyances, les doutes ou l’absence de croyance qui peuvent nous habiter. Elle ne s’adresse pas à quelqu’un en particulier mais considère chaque être humain comme un maillon de l’humanité que les religions ne peuvent, par essence, pas relier au-delà de l’identité propre qu’elles induisent. Ainsi, la loi de 1905 respecte toute opinion spirituelle et permet justement de dépasser le cadre de l’opinion pour rassembler les esprits autour du triptyque républicain.

Parfaites, parce que le contour ne peut pas être remis en cause. Elle sépare les pouvoirs et garantit qu’un traitement égal puisse être réalisé par les pouvoirs publics. Quel que soit le culte pratiqué, l’origine, le genre, l’orientation sexuelle …. Elle garantit ainsi la protection de la diversité qui peuple notre territoire. C’est donc la laïcité en tant que principe d’organisation cadré par la loi de 1905, que nous nous attachons à faire vivre pour donner force et vigueur à la République.

Si nous pouvons d’ores et déjà affirmer que la loi de 1905 cadre parfaitement les rapports que l’État doit entretenir avec l’expression des diversités, un arsenal législatif supplémentaire permet de réprimer tout comportement contraire à l’idéal républicain qui définit notre société comme libre, égale et fraternelle. Ainsi les lois de 1972 et de 1990 relatives au racisme, aux discriminations et à la xénophobie permettent de réprimer les comportements, les propos et les agissements déviants qui pourraient émaner d’intégristes religieux ou de groupes d’extrême droite. La loi de 1905 est donc le socle législatif qui garantit à la fois la liberté mais aussi un traitement égal des différentes sensibilités de notre société. Elle permet de nous rassembler toutes et tous dans un lieu commun dénommé République.

L’urgence d’une République sociale. Pour nous rassembler vraiment, Jean Jaurès avait exprimé en son temps que la seule condition pour que la laïcité soit effective est une République sociale. Pourtant, en France les inégalités se sont accrues au cours des dernières décennies à tel point que selon l’observatoire des inégalités « les Français les 10 % les plus aisés touchent 6,7 fois plus que les 10 % les plus pauvres. Aujourd’hui la France est, après la Suisse, le pays d’Europe où les riches sont les plus riches ». Nous parlons ici des seuls revenus car si l’on prend compte le patrimoine qui perpétue les inégalités on se rend compte que « le 1 % le plus fortuné de notre pays possède 17 % de l’ensemble du patrimoine des ménages et si l’on prend les 10 % les plus riches, c’est presque la moitié ». Ceci nous amène à observer un fait marquant dans notre société que certains qualifient de « sécession des riches » qui vont même jusqu’à investir massivement l’enseignement privé afin de préserver ce que l’on pourrait avec justesse qualifier de « distanciation sociale ». Faire vivre la laïcité, ce sera donc prendre en compte la nécessité de rendre notre système plus vertueux. Il faudra ainsi que la part la plus aisée de notre population accepte de cotiser un peu plus à l’impôt et que les bénéfices soient taxés davantage. Il faudra aussi qu’un vrai combat soit mené pour empêcher les 100 Milliards d’euros de fuir l’impôt français tous les ans. Nous aurions ainsi les moyens nécessaires pour lutter contre la désertification des services publics dans certains quartiers et donner les moyens à la vie associative et l’éducation populaire de s’y implanter favorisant ainsi l’accès à un parcours éducatif de qualité. Nous pourrions enfin créer la dynamique nécessaire permettant à chacun de croire aux vertus de la République par l’éducation et l’accès à un service public de proximité et de qualité.

Comme l’affirmait Jean Jaurès : « Arrêtons de parler d’égalité, il est temps de faire des égaux » !

Agir pour la laïcité. A notre niveau, nous n’avons pas tant de pouvoir de décision qui permettrait d’engager les nécessaires réformes, mais nous agissons au quotidien sur la prise en compte de chacun en égale dignité, sur la réduction des inégalités par l’accès à l’éducation, à la culture, aux vacances et aux loisirs. Nous créons des espaces d’éducation et de formation de l’esprit afin que chacun puisse appréhender le monde et ses limites. Nous travaillons aussi massivement à faire en sorte que les acteurs éducatifs et associatifs se réapproprient ce principe, notamment au cours de la semaine de la laïcité que nous mettons en place.

Pour la deuxième année consécutive nous rassemblons les acteurs de notre réseau dans la mise en œuvre d’actions autour de la laïcité. Cette année est certes particulière, mais l’engagement de notre réseau ne s’est pas essoufflé pour autant et nous comptons près de 200 actions mises en place pour que la laïcité soit appréhendée par les habitants de notre département comme un cadre qui « protège et émancipe tout à la fois ». C’est un chantier qui doit sans cesse être renouvelé. Si nous avions pu le croire acquis comme une évidence, les évènements douloureux vécus ces dernières années nous rappellent qu’il ne peut y avoir de relâchement. Il est nécessaire d’investir massivement les espaces d’éducation, les lieux culturels, les quartiers populaires. Il est nécessaire que les séjours de vacances ou les classes de découvertes restent des lieux de mixité et de vivre ensemble qui développent l’ouverture d’esprit.

L’éducation populaire coute cher ? Essayez l’ignorance … Tout cela implique des choix politiques clairs qu’il faut l’assumer. Alors que c’est dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville qu’il faudrait investir massivement, le désengagement de l’État et certaines collectivités prive les associations d’éducation populaire de moyens d’agir. Une loi qui réprime ne coûte rien il est vrai, seulement quelques débats et une image médiatique. Si elle permet de traiter les conséquences, les causes restent et demeurent. L’éducation nationale accompagnée par les mouvements d’éducation populaire peut agir sur les causes. Il est urgent de leur donner les moyens de s’implanter durablement dans les territoires où, peu à peu, l’idéal républicain s’éloigne.

Quel bel investissement pour le devenir du monde … Car à l’image de la personne pour laquelle on parle d’un esprit sain dans un corps sain, une planète saine sera nécessairement accompagnée d’un état d’esprit sain.

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Au-delà de la fièvre complotiste, l’urgence d’une éducation populaire à l’esprit critique

Depuis la diffusion du film Hold-Up et l’agitation suscitée dans les différents médias traditionnels, l’épidémie de « théorie du complot » et de « fake news » est en accusation.

C’est un fait, à priori incontestable, celui qu’un ensemble de vidéos et de productions médiatiques qui interprètent l’actualité de manière alternative, avec une lecture complotiste du moindre évènement, sont massivement consommés sur Internet et sur les réseaux sociaux.

C’est un fait aussi que nous consommons toujours plus d’informations, 30 fois plus qu’il y a 10 ans et les études montrent que nous en consommerons davantage encore dans les années à venir.

Les enjeux et défis posés par la diffusion massive de ces théories ont largement été étayés et médiatiquement relayés par les médias ces derniers mois et il suffit de lire les publications de « l’Observatoire du conspirationnisme » pour s’en convaincre. Nous avions d’ailleurs invité son directeur, Rudy REICHSTADT à l’occasion de notre journée sur le thème de la « Citoyenneté Numérique » qui a rassemblé 110 acteurs éducatifs et associatifs.

Mais la dernière poussée de fièvre en date, dans les différentes rédactions parisiennes, à la suite de la diffusion du film Hold-Up et de son succès d’audience malgré sa censure par les différentes plateformes de partage de vidéos en ligne, peut apparaitre à certains égards disproportionnés tant le traitement médiatique de la question s’acharne sur le symptôme bien plus que sur les causes qui ne sont quasiment jamais abordées.

Le film Hold-Up, par exemple, prospère sur un terreau et dans un contexte qui n’est pas neutre :

  • Les mesure prises en réponse à la situation sanitaire et à l’appauvrissement organisé de nos hôpitaux se sont caractérisés par un recul extraordinaire des libertés publiques inconnu en temps de paix,
  • La réduction de nos vies à ce que le pouvoir qualifie arbitrairement d’« essentiel »,
  • La fragilisation psychologique et économique d’une partie de nos concitoyens,
  • La montée en puissance et la prise de pouvoir des GAFAM dans certains domaines,
  • Des personnes qui dans cette période sentent que leur existence peut basculer.

Parallèlement aux théories du complot qui prospèrent, le fait est, également, que nous assistons à la déshérence d’un champ médiatique qui peine à convaincre une partie de la population et qui bien avant l’avènement des réseaux sociaux avait perdu toute confiance chez toute une partie des citoyens.

Rappelons que le « Bondy Blog » a été créé sur les cendres des émeutes de 2005 et en réaction au traitement médiatique déplorable, ces dernières décennies, des quartiers dits « populaires », par les médias traditionnels.

Autre illustration, un mouvement comme le nôtre n’est pas dupe du traitement médiatique réservé au principe de laïcité – souvent malmené par des journalistes qui ne s’efforcent qu’à mettre en scène polémiques et autres faits divers dont beaucoup ne relèvent même pas du principe de laïcité mais évoquent davantage un ensemble d’idées reçues relayées médiatiquement – sans même parler de la tribune faite chaque jour par une chaine comme CNEWS aux polémistes d’extrêmes droites en tout genre, ni même du traitement médiatique du mouvement social dit des « Gilets Jaunes ».

Rappelons encore que les cris d’orfraie ne se sont pas faits entendre sur les grandes matinales d’informations – qui rassemblent une audience considérable – lorsque tous ont largement rapporté les allégations de fraudes à l’encontre du candidat à sa propre succession, l’ancien président Bolivien Evo MORALES, comme s’il s’agissait de faits. Les conséquences ont été bien réelles, puisque le 10 Novembre 2019, le président Evo MORALES, premier président indigène de la Bolivie, était contraint à la démission et à l’exil par un coup d’État porté par ces allégations médiatiques mensongères. Épisode à l’issue duquel sera portée au pouvoir Mme Jeanine ANEZ, une parlementaire d’extrême droite, le tout sans élection. Mais en février 2020, quand finalement les preuves statistiques dédouanent le président MORALES de toute fraude, le battage médiatique se fait beaucoup plus silencieux, en France y compris.

Rappelons enfin que toute une génération a grandi à l’ère de la plus grande manipulation contemporaine qui a permis la guerre en Irak en 2004 et qui a été largement relayée par les médias traditionnels : l’existence d’armes de destruction massive en Irak et le mensonge, depuis largement documenté, prononcé par Colin Powell devant le conseil de sécurité de l’ONU.

Saluons ici le travail salutaire réalisé par nos camarades de l’association ACRIMED, qui s’efforcent à faire le décryptage nécessaire vis-à-vis des médias les plus puissants, et qui fabriquent, aujourd’hui encore, une écrasante majorité de l’opinion.

Quelques axes de réflexion sur des enjeux essentiels que défend la Ligue de l’enseignement doivent nous préoccuper concernant le champ médiatique au-delà des seules théories du complot.

D’abord le fait que l’État apparait dépassé par les GAFAM quand il s’agit de poser le cadre de l’exercice de la liberté d’expression. Le retrait des plateformes du film Hold-Up illustre le contrôle démesuré qu’exercent ces plateformes tant il peut nuire à notre conception de la liberté d’expression et se montrer contreproductif ne faisant que renforcer les convictions complotistes. Une liberté d’expression maximale (dans les limites fixées par la loi) doit-être défendue : boussole essentielle en régime de laïcité. Mais, c’est aux seuls représentants du peuple, dans une démocratie représentative, qu’il revient d’en décider et de fixer les limites à la liberté d’expression, et non pas à Mark ZUCKERBERG, patron de Facebook.

Ensuite, il ne faut pas traiter avec mépris et condescendance les personnes qui adhérent aux théories du complot ou autres fausses informations, car ce serait leur dénier leur capacité d’accès au politique. Qu’on le veuille ou non la politique c’est aussi la lutte pour interpréter et définir le réel – il faut les combattre non pas en criant aux « fake news » mais dans le cadre du débat et de la lutte politique et démocratique.

Le capitalisme numérique entraine notre manière de nous informer, notre consommation culturelle, notre manière de lire et de penser le monde, et cette réalité sera de plus en plus structurante de la fabrique de l’opinion publique et du consentement dans les décennies à venir.

A la croisée de tous ces enjeux, la Ligue de l’enseignement agit déjà à travers les actions d’éducation à l’esprit critique que nous menons, un esprit critique qui s’exerce à tous les égards et face à toutes productions médiatiques. Nos programmes de formations sur la « Citoyenneté Numérique » et aussi « Médias et Identité Numérique » développés dans le cadre d’un partenariat avec la Communauté d’Agglomération Béthune-Bruay Artois Lys Romane qui nous soutient activement dans cette démarche, en sont des exemples.

Nous agissons aussi dans le cadre du programme d’éducation aux médias et aux réseaux et à l’information « SKIP ASKIP » que nous déployons dans 6 lycées de la Région, à destination de 120 lycéens. Le programme est constitué d’un parcours de 10 séances, et participe à démonter les mécanismes de toute fabrications médiatiques. Il débutera en Janvier 2021, repoussé en raison des mesures de limitation des déplacements.

Une fois de plus, dans un monde qui connaitra toujours plus d’« infobésité » nous appelons les collectivités à agir avec nous face à ces enjeux structurants du faire société d’aujourd’hui et de demain.

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord


Être à l’écoute de la communauté éducative

Seconde vague, confinement partiel, attentat… La rentrée scolaire d’octobre a été perturbée par un enchainement d’événements. Depuis septembre, la communauté éducative tente de maintenir une forme de continuité pédagogique entre une pandémie mondiale prolongée et des ordonnances gouvernementales parfois impraticables. Indépendamment de la situation sanitaire, l’attentat meurtrier à l’encontre de Samuel Paty, professeur d’Histoire-géographie à la veille des vacances scolaire, a bouleversé le corps enseignant.

La Ligue de l’Enseignement souhaite mettre en avant le milieu éducatif professionnel qui, en parallèle d’être au centre de l’actualité sécuritaire nationale, se bat depuis le début de la crise sanitaire afin de conserver une permanence pédagogique pérenne.

Cyriane, volontaire en Service Civique de la Ligue, Fédération du Nord, étudiante en école de journalisme, a rencontré des enseignant.e.s afin de recueillir leurs témoignages en matière de laïcité et liberté d’expression.

Être à l’écoute de la communauté éducative

Seconde vague, confinement partiel, attentat… La rentrée scolaire d’octobre a été perturbée par un enchainement d’événements. Depuis septembre, la communauté éducative tente de maintenir une forme de continuité pédagogique entre une pandémie mondiale prolongée et des ordonnances gouvernementales parfois impraticables. Indépendamment de la situation sanitaire, l’attentat meurtrier à l’encontre de Samuel Paty, professeur d’Histoire-géographie à la veille des vacances scolaire, a bouleversé le corps enseignant.

La Ligue de l’Enseignement souhaite mettre en avant le milieu éducatif professionnel qui, en parallèle d’être au centre de l’actualité sécuritaire nationale, se bat depuis le début de la crise sanitaire afin de conserver une permanence pédagogique pérenne.

Cyriane, volontaire en Service Civique de la Ligue, Fédération du Nord, étudiante en école de journalisme, a rencontré des enseignant.e.s afin de recueillir leurs témoignages en matière de laïcité et liberté d’expression.

Prendre le temps de concevoir l’actualité et déchiffrer ses enjeux par des récits personnels.

Dans Vécu d’Actu, des personnes concernées de par leurs professions, activité personnelles et engagements associatifs viennent raconter tout au long d’un podcast comment elles ont appréhendé des événements allant du fait local à l’actualité nationale. Créé par La Ligue de L’Enseignement Fédération du Nord et du Pas-de-Calais, ce podcast vise à comprendre les enjeux de notre génération à travers des récits individuels.

Cyriane, volontaire en Service Civique de la Ligue, Fédération du Nord, étudiante en école de journalisme, a rencontré des enseignant.e.s afin de recueillir leurs témoignages en matière de laïcité et liberté d’expression.

 

Recapitaliser la vie associative

Nous vivons une période compliquée d’un point de vue économique laissant présager un avenir douloureux pour la vie associative. Celle ci rassemble 13 millions de bénévoles agissant dans divers domaines d’activités permettant ainsi de déployer des actions à destination de la population dans son ensemble, soit un million quatre centre mille associations qui forment la richesse de notre pays en agissant dans le sport pour transmettre ses valeurs, dans le social pour préserver les plus fragiles, dans l’humanitaire pour protéger ceux qui n’ont rien, dans le culturel pour éveiller les consciences et ouvrir les esprits …

Au sein de ces associations, plus de 2 millions de salariés agissent tous les jours pour offrir à notre société cette plus-value. Toute cette activité génère des flux financiers, participant ainsi à vie économique du pays en produisant des richesses. En effet, on pourrait penser que les subventions représentent la majeure partie des ressources des associations, c’est pourtant loin d’être le cas et leur apport dans leur budget global est en baisse continuelle passant de 34 % en 2005 à seulement 20 % en 2017. Cette diminution drastique des moyens alloués les mets au défi de trouver de nouvelles ressources : pour certaines, du mécénat ou du don et pour d’autres, des nouvelles sources d’autofinancement.

Si le principe du don n’est pas négatif en soi en créant une solidarité spontanée, on peut critiquer le fait que les dons défiscalisés permettent de soutenir certaines organisations humanitaires ou à vocation sociale issues de mouvements confessionnels. Certaines ont été sujet à polémique ces derniers temps comme Baraka city et le CCIF (https://islamenforce.wordpress.com/2016/03/03/declaration-impots-reduction-sadaqa-aumone-zakat-dons-organismes-musulmans/) mais aussi Civitas qui manifestait pour interdire l’avortement et le mariage pour tous et a pu en bénéficier jusqu’en 2015 en tant qu’association avant de se muer en parti politique pour bénéficier d’avantages similaires.

Quant à l’autofinancement, il correspond souvent à une activité qui s’inscrit dans l’économie réelle, et il doit être pris en compte comme tel.

Aussi il est impératif que ce patrimoine économique ne disparaisse pas au même titre que les entreprises privées ou le secteur bancaire.

Celui-ci avait bénéficié d’une recapitalisation lors de la crise des subprimes.

De la même façon qu’en 2008 pour les banques, un grand nombre d’associations qui agissent dans des secteurs économiques clé comme le tourisme social, la formation, etc., les associations intermédiaires et tant d’autres mettront la clé sous la porte si on ne leur octroie pas de fonds en urgence pour compenser leur perte d’activité.

En région Hauts de France, 97 600 associations représentent 198 000 emplois, soit plus de 10% des emplois de la région. C’est là une réalité dure à rendre visible quand un modèle néolibéral prime. Néolibéral … encore faudrait-il que ce soit un modèle économique nouveau et qu’il propose les mêmes libertés aux êtres humains qu’aux biens et marchandises qui peuvent eux circuler librement d’un pays à un autre quelle que soit leur origine.

Les dégâts humains produits par ce modèle économique sont considérables dans notre région. On le constate actuellement à Béthune où 863 salariés, se retrouveront sur le carreau avec la fermeture du site de Bridgestone au seul prétexte de compétitivité.

Auparavant, et pour les mêmes raisons obscures, notre région a connu de nombreux plans sociaux, laissant des séquelles à des familles entières qui perdaient ainsi beaucoup de repères. Notre région a besoin de passer un cap et c’est une économie réparatrice qui doit se mettre en place pour soigner la souffrance qui a prévalu ces dernières décennies et créer une dynamique nouvelle.Cette économie réparatrice, la vie associative peut y contribuer largement.

Si elle n’est pas aidée comme il se doit, il faut s’attendre à un plan social de plusieurs dizaines de milliers de personnes … qui a d’ailleurs déjà commencé. Si le prêt garanti par l’Etat est une très bonne solution, à court terme, pour permettre à celles qui peuvent en bénéficier de parer au plus urgent, les assos doivent être en mesure, demain, d’envisager l’avenir grâce à leurs fonds propres.

Pour cela, il est nécessaire qu’une partie des prêts consentis servent à recapitaliser notre patrimoine associatif afin de sauvegarder l’économie associative et l’emploi.

Nous demandons donc à l’Etat de transformer en aide directe les prêts accordés puisque garantis. Ce sera nécessaire pour sauvegarder l’économie associative et l’emploi.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord