Plan de relance et vie associative le compte n’y est pas !!!

Un plan de relance de 100 Milliards a été annoncé par le ministre de l’économie portant sur trois axes : l’écologie, la compétitivité et la cohésion.

Il ambitionne une « refondation économique, sociale et écologique du pays ».

Sur ces 100 Milliards, seulement 1,3 Milliards seront fléchés sur l’Economie Sociale et Solidaire qui représente pourtant 10 % du PIB et 13 % des emplois en France [i].

100 millions d’Euros (soit 66 euros par association et 0,1 % du plan de relance) viendront soutenir les 1,5 Millions d’associations actives en France animées par 13 millions de bénévoles[ii]. On l’oublie souvent mais ces dernières génèrent près de deux millions d’emplois qui représentent 10 % de l’Emploi privé en France.

Par essence le but des associations n’est pas lucratif, elles n’ont donc pas vocation à faire du bénéfice et à le redistribuer à des actionnaires ; pour autant elles créent de l’activité et de l’emploi.

Si le plan de relance ambitionne de préserver l’activité et l’emploi ce ne serait donc pas 100 millions d’euros qu’il faudrait dédier à la vie associative mais 10 Milliards.

Il nous faudra donc être vigilant à l’utilisation des moyens dédiés à ce plan de relance. Ceux-ci ne doivent pas être captés par les seuls investisseurs pour augmenter leur rétribution et la rentabilité comme cela a été le cas pour le CICE qui n’aura finalement créé que 100 000 emplois en cinq ans pour un montant cumulé équivalent[iii].

Qu’on se le dise, si ces moyens avaient été confiés à la vie associative, ils auraient permis de créer autant d’emplois avec une utilité sociale avérée.

Investir dans la vie associative permet donc à la fois de créer de l’emploi, mais aussi des services qui développent le bonheur intérieur brut.  Ceci trouvera parfaitement sa place dans deux des axes définis par le plan de relance (l’écologie et la cohésion) qui trouveront une possibilité d’aboutir. En effet, en temps de crise ou en temps normal, qui s’occupe des plus démunis ? Qui permet l’accès de tous à l’éducation, à la culture, aux loisirs ? Qui promeut un développement économique vertueux en respectant des filières courtes et en ne délocalisant pas son activité ?

En Hauts -de-France on compte 97 600 associations, dont 10 155 qui ont créé 197 569 emplois, soit 10,5 % des emplois de notre région.[iv]

Dans notre département, nous représentons 800 associations, 50 000 adhérents et plus de 300.000 bénéficiaires. Notre réseau représente un chiffre d’affaire cumulé estimé à 35 Millions d’Euros et près de 3.500 emplois.  Plus de 5.000 bénévoles dans notre réseau s’activent au quotidien pour que la cohésion sociale soit une réalité. On a pu particulièrement s’en rendre compte pendant le confinement quand ils maintenaient le lien social et la solidarité en collectant de la nourriture pour la redistribuer à ceux qui vivent habituellement de mendicité, en créant des vidéos pour conter des histoires aux enfants des cités, en organisant les courses pour les personnes âgées ….

Il y a une vraie urgence à ce que cet engagement soit reconnu et valorisé. Le bénévolat ne mérite pas que des médailles, il nécessite des moyens !

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

 

[i] Source : https://www.vie-publique.fr/eclairage/273129-less-economie-sociale-et-solidaire-un-modele-economique-alternatif
[ii] https://injep.fr/wp-content/uploads/2019/07/Chiffres-cles-Vie-associative-2019.pdf
[iii] https://www.lesechos.fr/economie-france/conjoncture/le-cice-a-cree-un-peu-plus-de-100000-emplois-en-cinq-ans-1243080
[iv] https://www.orva.fr/wp-content/uploads/2020/09/rapportfinalv1-1.pdf

 

 

 

Dans les locaux de la Ligue de l’enseignement à Lille, s’est déroulé l’évènement Mettre en oeuvre la laïcité ce jeudi 1er octobre. Entre ateliers et débats, participants et organisateurs ont eu l’occasion d’échanger sur de futurs projets malgré les visioconférences imposées.

« Il est important que la parole circule ». En ce premier jour d’octobre pluvieux, Sébastien Brioul, responsable du pôle vie fédérative du Nord et du Pas-de-Calais donne le ton à ses collègues pour la journée à venir. Avec les restrictions sociales, un dispositif de visioconférence à distance est mis en place pour que chaque structure et association puisse participer à cette journée. L’objectif de l’événement : permettre un accompagnement méthodologique pour chaque participant dans l’élaboration d’un ou plusieurs projets axés sur les valeurs de la laïcité dans leur structure respective.

Les discours de Daniel Boys, Président de l’Union régionale Nord et de la Fédération du Pas-de-Calais ou encore de Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la Laïcité, inaugurent le lancement de la journée sous couvert de gel hydroalcoolique et masques jetables. Les membres de la ligue, répartis dans différentes pièces se mettent en poste afin d’accueillir au mieux leur groupe respectif sur la plateforme pour un premier temps d’échange.

Des solutions face aux restrictions sociales
Malgré la distance, les prises de paroles fusent entre les intervenants : ces temps d’échanges sont orientés sur une réflexion sur les valeurs prônées par cette dernière mais aussi sur des projets à construire. Pandémie oblige, plusieurs membres se questionnent sur les perspectives d’organisations d’événements malgré la distanciation sociale. Beaucoup ont certaines appréhensions sur les évolutions possibles de la situation sanitaire, « Comment organiser les projets malgré la pandémie ? » se questionne une directrice de structure dans le groupe dirigée par Léa Belloche, chargée de mission formation et citoyenne dans la fédération du Nord. « On est restreint à réduire les capacités d’accueil à trente personnes, on ne touchera pas les mêmes personnes » s’inquiète cette même directrice. Dans le groupe d’Ophélie Blanquart, chargée de mission vie associative, les participants veulent garder espoir « on est animateurs, on va trouver des solutions mais on n’aura pas autant de convivialité par rapport à ces valeurs » admet une animatrice de centre.

A la fin de la journée, plusieurs projets autour de la laïcité et un accompagnement personnel des structures sont crées. Ces derniers seront présentés lors de la Semaine de la Laïcité organisée du 7 au 14 décembre prochain.

Cyriane Duthoit

Drôle de rentrée …

Depuis deux semaines, le top départ de la rentrée des classes, rythmé par les premiers réveils, les premiers petits déjeuners et le chemin vers l’école et le retour vers une routine scolaire, ponctue notre quotidien et l’actualité.

Nous faisons face, cette année, à une drôle de rentrée, qui se déroule dans un contexte particulier et finalement tout à fait inédit …

Comment rassurer nos concitoyens inquiets, désorientés et méfiants dans ce contexte, COVID oblige ?

Quelle mobilisation exceptionnelle de l’Éducation Nationale face à cette situation particulièrement dégradée ?

Comment rassurer les enseignants, les parents, les enfants, les ATSEM et plus globalement les acteurs de la communauté éducative ?

Quelles marges de manœuvres ?

Quelles capacités à l’adaptation et à la résilience face au virus ?

A n’en pas douter, dans ce contexte, notre pays doit pouvoir compter sur la solidité d’une école publique renforcée et d’un Ministère de l’Éducation Nationale pleinement au rendez-vous !

Le Gouvernement joue gros, alors que l’école publique voit ses fondements sévèrement chahutés.

En France, rien ne s’explique par la logique, tout par l’Histoire !

Dans l’esprit des républicains des années 1880, la consolidation du régime politique, né en 1875, passait avant tout par l’instruction publique.

Un siècle et quarante ans plus tard, en plein rebond de crise sanitaire, force est de constater que l’État n’est pas complétement au rendez-vous et, pire, qu’il semble favoriser des intérêts privés pour suppléer aux carences de l’Éducation Nationale.

Des mois durant, nombreuses ont été les tribunes, les interventions et les incantations au profit d’un « monde d’après ». Alors quel serait-il si ce n’est un monde dans lequel les enfants, dès l’âge de 3 ans, auraient accès aux mêmes programmes scolaires, à la même qualité d’enseignement, aux mêmes opportunités et qu’ils puissent s’épanouir dans une société égalitaire, protégés par les principes républicains : Liberté, Égalité et Fraternité.

Quel visage prendrait ce monde si des établissements privés, cofinancés par des groupes de luxe ou des multinationales, ne proposeraient pas de perspectives aux publics les plus en demande ou les plus fragilisés ?

Acteurs éducatifs et artisans de l’école de la République, nous défendons une vision de l’enseignement public assuré par la Nation, dans un rôle d’organisateurs de l’enseignement public gratuit et laïc à tous les degrés, avec un égal accès de l’enfant et de l’adulte à la formation professionnelle et à la culture tout au long de leur vie.

C’est pourquoi, nous attirons l’attention du plus grand nombre sur la mise en place de nouveaux dispositifs portés des entreprises qui, dans le champ de l’enseignement privé, interviennent nouvellement auprès des enfants, via des activités sportives, culturelles ou sanitaires, sur le temps scolaire.

De plus, cet été, pendant les vacances, le dispositif des vacances apprenantes devait permettre au Gouvernement de donner le change pour pallier aux cours manqués pendant le confinement. Majoritairement, les associations d’éducation populaire ont relevé le défi.

Pourtant, certains acteurs du secteur privé, se sont saisis du sujet.

Pour exemple des groupes comme Auchan se sont positionnés comme de nouveaux interlocuteurs opérateurs.

Cette nouveauté pourrait s’apparenter à un précédent qui augure le bouleversement d’un champ d’activités concurrentielles certes, mais majoritairement exploitées par des associations et acteurs de l’ESS.

Nous rappelons que de tout temps, la privatisation du service public a conduit très souvent aux mêmes conclusions :  financements publics réduits, dysfonctionnements, mépris des usagers, dégradation de la qualité du service, recherche de la rentabilité au détriment de l’essence même du service rendu aux usagers …

Alors que depuis quinze jours les établissements scolaires accueillent à nouveau tous les enfants, pour la première fois depuis six mois, avec le défi d’évaluer la difficulté scolaire et résorber les inégalités causées par la crise sanitaire, nous alertons et invitons à la plus grande des vigilances collectives.

Bonne rentrée à tous et toutes !

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Notre événement aura lieu le jeudi 1er Octobre 2020, en visio-conférence !

Cette journée est l’occasion de préparer notre semaine départementale de la Laïcité prévue début décembre 2020, avec des échanges croisés et dynamiques d’acteurs éducatifs, associatifs qui font vivre ce principe constitutionnel, qu’est la laïcité, au quotidien.

L’objectif de ce temps étant notamment d’accompagner au mieux les participants à l’élaboration de projets qu’ils porteront notamment lors de la semaine départementale de la Laïcité 2020.

Nous sommes appuyés dans cette démarche par l’Observatoire national de la laïcité grâce à cette vision qui nous est commune, à savoir :

  • faire vivre la laïcité, principe constitutionnel et valeur universelle qui implique la reconnaissance de l’égale dignité de chaque être humain, par une action permanente.

  • garantir la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté de pensée et l’organisation autonome des pouvoirs publics assurant le pluralisme des convictions, la liberté d’expression et l’égalité de droit de tous les citoyens,

  • combattre les inégalités et toutes les formes de discriminations, notamment en raison de l’origine ethnique ou nationale, de la religion ou des convictions, du sexe, de l’âge, du handicap, de l’orientation sexuelle… ».

Cette démarche s’inscrit dans la droite lignée de la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905 et nous souhaitons consacrer toute l’énergie nécessaire pour lui donner corps par nos actions.

Nous vous attendons nombreux.ses : https://www.facebook.com/events/327263898332917

Au plaisir de vous y retrouver et de construire ensemble de nouveaux projets pour un avenir plus juste et plus fraternel !

Du déconfinement vers une reprise

Ces derniers mois ont été éprouvants. La crise sanitaire et le confinement ont fortement impacté l’activité des associations. Les acteurs du monde associatif, dans sa grande diversité, ont vécu cette période particulière de bien des manières.

Nous nous sommes réinventés. Il a fallu nous mobiliser différemment. Nous avons appris à faire vivre nos projets avec l’obligation d’une distance nécessaire et imposée.

Mouvement d’éducation populaire, Fédération d’associations, nous avons entrepris d’accompagner notre réseau, nos adhérents. C’était un challenge. Nous en avons relevé une partie.

Notre nation toute entière s’est réinventée. Acteur du monde de l’éducation populaire, nous avons œuvré pour accompagner ce moment inédit, en donnant des clés de compréhension, en permettant les mises en réseau, en préservant les objets associatifs fragilisés par le moment, en donnant à voir les initiatives, à dupliquer et essaimer dans tous les territoires.

Je tiens à saluer le travail de nos équipes et l’incroyable bouillonnement d’initiatives issues de toute part parmi nos associations affiliées. Nous les avons relayées de toutes nos forces.

Du sport à la maison à l’UFOLEP, aux ressources pédagogiques proposées par l’USEP, ou encore à notre dossier « comment parler du COVID avec les enfants et les jeunes », et le travail d’accompagnement auprès de notre réseau associatif et culturel, jour après jour, au cas par cas, nous sommes restés debout et mobilisés !

Tout au long de ces pénibles semaines, les français, et bien au-delà, ont pris conscience de la notion de bien commun. Nous avons redécouvert l’utilité d’un service public de qualité, d’un effort national au profit de la santé de tous … Au-delà des applaudissements, chaque soir, la France s’est montrée solidaire, inventive, et créatrice de richesses insoupçonnées.

Malgré tout, nous avons mesuré à quel point notre société demeure vulnérable aux fausses informations, aux fakenews, aux complotismes de tout genre. A ce niveau, notre travail et notre mobilisation est nécessaire pour continuer le travail déjà engagé en vue d’endiguer ces phénomènes.

Parmi nos adhérents, nombreux sont ceux qui se sont mobilisés de façon collective ou individuelle, en organisant des initiatives solidaires, confectionnant des masques ou encore en faisant les courses des voisins les plus vulnérables.

Les plus jeunes ont redoublé de créativité et d’initiatives. Les plus sages ont pu compter sur les autres générations, dans ce moment de privation de leur autonomie.

On a vu poindre la lueur d’un désir d’un autre modèle de société. Ce fameux monde d’après nous a tendu les bras et les questions de revenu universel, d’impôt solidaire sur les fortunes, de nouvelle redistribution des richesses, d’autres formes de consommation, de circuits courts, … , ont pris racine dans nos consciences.

Prudence cependant, ces derniers mois ont permis d’ouvrir une brèche potentielle dans le champ de nos libertés individuelles et collectives. Les systèmes de contrôle de masse, basés sur le digital, devront nous interroger et il nous appartient d’accompagner le débat et l’évolution de la société en la matière.

Seulement voilà, à l’heure bien avancée de ce déconfinement progressif, comment envisageons-nous la reprise de la vie. Comment le monde associatif réussit il à se remobiliser et à reprendre ses activités ?

La crise du coronavirus a considérablement perturbé le fonctionnement des associations. Le gouvernement a pris des mesures pour les aider. Les mesures déployées ont permis de sauver des emplois pendant la période de confinement.

Nos activités ont repris, avec des adaptations certes, mais de façon significative.

Au fur et à mesure de l’évolution des règles de déconfinement et de l’allégement des mesures, les secteurs formation, éducation et vie fédérative ont repris. Vous le découvrirez dans cette newsletter.

La prudence demeure, et pour exemple, nos secteurs vacances et culture demeurent au ralenti.

Aujourd’hui, nous devons nous adapter et tirer les enseignements de cette période inédite. La société a été profondément marquée par la séquence que nous avons vécue. Pourtant sur le champ des idées et sur l’envie d’aller vers un nouveau monde, la route semble encore bien longue.

Dès la rentrée, si la situation poursuit vers cette amélioration progressive et tant attendue, nous serons mobilisés et à 100% de retour.

Je remercie vivement les participants à notre dernière Assemblée Générale et me réjouis du renouvellement de notre Conseil d’Administration.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Si les établissements scolaires vont réouvrir progressivement à partir du 11 mai, ils ne pourront probablement pas accueillir tous les élèves, en raison d’un protocole sanitaire strict. Oui mais voilà, qui sont-ils ? Celles et ceux qui préparent et s’affairent pour rouvrir les classes des établissements scolaires.

Dans le Nord, la Ligue de l’enseignement entretient un réseau étroit avec les forces vives des territoires. Maires, Adjoints au Maires, Directeurs, Délégués parents, nous les avons contactés et ils nous ont répondu.

Découvrez ces témoignages bruts, spontanés et livrés sans fioritures, que nous avons fait le choix de retranscrire à l’identique.

1 / LES MAIRES

Ces premiers relais de la République, c’est par eux que nous avons décidé de débuter notre collecte de témoignages.
Découvrez les témoignages de Roger VICOT, Maire de LOMME et Julien GOKEL, 1erAdjoint de CAPPELLE LA GRANDE, élu Maire

 

2/ LES ENSEIGNANTS

Chevilles ouvrières de l’éducation nationale, ils sont particulièrement mobilisés dans le cadre du retour des enfants à l’école.

Découvrez le témoignage de Valérie, Directrice d’école

 

3/ LES PARENTS D’ÉLÈVES

Nous sommes  allés à la rencontre de parents engagés, particulièrement concernés par le sujet du retour de leurs enfants à l’école.

Découvrez le témoignage de Maxime, délégué parent d’élève à Ronchin.

 

4/ LES SYNDICATS

Nous sommes allés à la rencontre de syndicalistes, portes-paroles d’une profession très concernée par cette rentrée et au feu depuis depuis mi-mars.

Découvrez le témoignage de Nicolas PENIN, Délégué Régional Hauts-de-France UNSA

Déconfinement et rentrée scolaire, l’injonction du moment face aux réalités

Nous y sommes, le Gouvernement a décidé de réouvrir les crèches, les écoles maternelles et élémentaires, contre l’avis du conseil scientifique, qui préconisait d’attendre septembre. C’est une rentrée à plusieurs vitesses qui se profile cette semaine dans les écoles françaises, une reprise qui s’apparente à l’un des chantiers les plus périlleux et incertain du déconfinement.

Orchestrée par les communes, en lien avec la communauté éducative, cette drôle de rentrée s’organise sur la base du volontariat pour les familles. Pour des raisons médicales ou privées, un certain nombre d’enseignants devraient aussi continuer de faire la classe “à distance”.
Encadrée par un protocole sanitaire extrêmement strict, cette reprise suscite bien des réactions.

Côté opinion, on a vu fleurir depuis les dernières annonces présidentielles des hashtags “Sans mon enfant”, “sans moi le 11 mai” sur les réseaux sociaux, signe que cette rentrée cristallise les inquiétudes, alors que le Gouvernement mise sur un protocole sanitaire strict pour rassurer enseignants et parents.

Pour aider les Maires donc, le Gouvernement a rédigé un protocole sanitaire très précis d’une soixantaine de fiches qui aborde dans le détail tous les aspects de la vie scolaire : nettoyage de la classe, comportement dans la cour de récréation, nombre d’élèves accueillis, matériel individuel pour chaque élève, port du masque pour les enseignants et personnels, adaptation de la cantine, transports scolaires …

Y aller, ne pas y aller ? Depuis dix jours, c’est la question que les parents se posent en boucle. Basée sur le volontariat donc, cette rentrée scolaire, à compter du 12 mai, a laissé bon nombre de parents dans l’expectative

Du « sur-mesure », du « cas par cas » et surtout « en concertation avec les familles », côté petite enfance, les gestionnaires de crèches sont également en première ligne. Une multitude de décisions et de mesures très concrètes réorganisent l’accueil des parents dans le respect des règles de distanciation sociale, allant de la fréquence de désinfection des espaces et des jouets, à la modification du protocole d’accueil d’un nouveau bébé parmi les enfants …

Pourtant, en matière sanitaire, nombre de directeurs d’école s’inquiètent de l’absence de réelles protections fournies aux personnels des écoles. Des carences subsistent : pas de dépistage systématique prévu pour les personnels et les élèves, aucun masque FFP2 non plus. Dans la plupart des établissements scolaires, les masques grand public promis pour les personnels et le gel hydroalcoolique ne sont pas arrivés.

Selon le conseil scientifique cette rentrée pose question sur le plan sanitaire. Les experts indiquaient dans une note du 20 avril, “En l’état actuel des connaissances au plan épidémique, le risque de formes graves est faible dans cette population les enfants. Le risque de contagiosité individuelle chez les jeunes enfants est incertain, mais paraît faible. A l’inverse, le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes”.

Alors donc, fallait-il s’exposer à ce point et réouvrir les écoles le 11 mai alors que l’épidémie du coronavirus n’est pas encore derrière nous ? Fallait-il aller à l’encontre de l’avis du Conseil scientifique ? Y a-t-il un risque de regrouper les enfants dont la contagiosité reste controversée voire mystérieuse selon les épidémiologistes ?

Pourtant pour de nombreux parents, cette reprise de l’école s’impose d’elle même. Sapeur-pompiers, facteurs, infirmiers, aides à domicile, livreurs, chauffeurs … celles et ceux qui, depuis le début de l’épidémie, ont sacrifié leurs vies de famille pour effectuer au mieux leur travail n’auront pas d’autres choix que de mettre leurs enfants à l’école. De même, dans les familles monoparentales, ou encore dans les foyers où un seul salaire ne rentre et qu’il faut compléter par des formes de travail informel, l’école et le retour à la cantine seront certainement une bouffée d’oxygène pour les budgets des ménages les plus faibles, notamment dans notre Département.

Autre motif d’inquiétude, les règles imposées par le protocole sanitaire national sont si contraignantes que de nombreux enseignants estiment que la situation sera maltraitante pour les enfants. Pour les directeurs d’écoles maternelles et élémentaires difficile de garantir le respect des distances de sécurité dans les couloirs ou dans les cours de récréation. L’application très concrète du protocole sanitaire dessine une école déconcertante, étouffante, où les enfants ne se donneront plus la main, dans laquelle ils ne joueront plus ensemble.

Irrémédiablement, nos enfants ne joueront de la même manière et leur comportement, accompagné vers la socialisation, à l’école sera entravé par des règles qu’ils ne comprendront probablement pas, dans un premier temps. Plus de jeux de tapis, plus de jeu de société, plus de jeu de construction, plus de jeu pédagogique, plus de pâte à modeler, il leur sera aussi interdit de grimper sur les structures collectives ou de jouer au ballon lors des récréations.

Est-ce cela l’école pour laquelle nous nous sommes battus ?

Depuis la fin du mois d’avril et l’annonce par le Premier Ministre d’un retour progressif à l’école dès le 11 mai, de nombreux maires montent au créneau pour exprimer leurs craintes face à cette décision. Impossibilité de respecter les règles sanitaires, difficultés à appliquer les mesures partout sur le territoire, risque pénal ; ces cas de maires ne souhaitant pas rouvrir leurs écoles se multiplient.

Retrouvez la carte interactive des communes des Hauts de France et les spécificités de chacune des communes, dans le cadre de la réouverture des écoles. https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1FRmvYRtEcAXB3EIRKVebxmhnMG-fe_m1&ll=50.597955595383034%2C2.860641499999929&z=8

A l’occasion de cette dernière Newsletter spéciale confinement, nous sommes allés à la rencontre, à distance, d’élus locaux, de parents d’élèves et d’enseignants. Nous avons collecté leurs témoignages, en vue de comprendre et donner à voir la façon dont les choses se sont organisées, sur le terrain. Vous découvrirez ces entretiens dans notre dossier spécial déconfinement.

 

 

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Texte d’Olivier Caremelle, ancien Directeur de Cabinet de la ville de Grande Synthe

Le moment est venu.

Popularisée pendant la campagne présidentielle par Benoit Hamon, la mesure portant création d’un revenu de base est devenue une nécessité.

Les mutations que nous subissons depuis plus de 40 ans ont bouleversé notre rapport au travail. Qui, aujourd’hui, mis à part ceux qui ont intérêt, ne voit pas qu’un autre modèle de croissance et de société sont intimement liés ?

C’est fort de cette analyse que la ville de Grande-Synthe a initié, en 2019, une expérimentation « grandeur nature » sur toute la ville d’une mesure se rapprochant du revenu de base : la création du minimum social garanti. Il s’agissait de combattre la pauvreté par la création d’une aide sociale facultative et temporaire, basée sur les revenus du ménage.

Dans le droit fil de ce que la ville a promeut pendant le majorat de Damien Carême, il fallait innover, expérimenter et créer les conditions d’un nouveau modèle dans lequel le travail aurait encore sa place mais aussi dans lequel l’emploi est fragile. 

Comme toute la politique de ville en transition bâtie à Grande-Synthe, nous avions la conviction qu’il fallait « redonner du pouvoir de vivre », de lutter contre toutes les précarités, de rendre de la dignité aux personnes les plus vulnérables, fragiles voire affaiblies.

Il ne s’agissait pas pour cela de verser une simple allocation, une prestation complémentaire pour finir les fins de mois, ni d’organiser une charité moderne mais de rendre toutes les personnes actrices de leur vie, de leur redonner de l’autonomie pour se construire.

Pensé comme une expérimentation du revenu universel à l’échelle d’une ville, le mécanisme pourrait inspirer de nombreuses communes et évidemment l’Etat si la volonté politique le permettait.

Le dispositif vise ainsi à apporter une aide financière aux habitants qui vivent sous le « seuil de pauvreté bas », moins de 900 euros pour financer des dépenses de logement, de transport, d’éducation, de formation, d’accès à la culture. S’il faudra tirer le bilan de cette expérimentation, tout indique aujourd’hui l’intérêt de revoir la protection sociale dans notre pays afin de donner, au-delà du travail, à chacun le droit de vivre en toute dignité.

Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire du Covid-19 a fragilisé le dogme libéral, le revenu de base apparaît dans toute l’Europe, en Espagne, en Allemagne ou au Royaume-Uni, comme une solution pour amortir le choc social, sans précédent.

Des décisions de rupture sont aujourd’hui nécessaires pour fonder un nouveau pacte social dans lequel le revenu de base pourra être l’épicentre. Osons-le.

Bâtir pour le monde d’après, tout de suite ou maintenant ?

Et si c’était l’heure de tout réinventer ? De saisir l’opportunité du confinement et du déconfinement prochain pour repenser tous ensemble la société, le travail, l’éducation, la culture, la nourriture, la politique ou notre rapport à la planète ?

Au début de la crise du COVID 19, dans les premières semaines du confinement, nombreux sont ceux qui s’essayaient à imaginer un monde nouveau, plus écologique et plus solidaire. Nous aspirions naïvement à un nouveau monde, un monde différent, tourné vers l’humain et en phase avec son environnement …

Toutefois, les semaines passant, une autre « petite musique » est progressivement montée, avec l’affirmation de l’écrasante « crise » économique à venir, musique montante d’une violence inouïe … et le puissant « vieux monde » a repris le dessus.

Démocratiques ou autoritaires, tous les régimes sont secoués par la pandémie. La tendance au repli national et à la controverse sur la crise sanitaire est difficile à battre en brèche, terreau favorable pour enfermer ces aspirations populaires à envisager un autre modèle de société.

Illustration récente, en France le ministre des affaires étrangères, a fait part de ses réserves quant à la possibilité de voir ce nouveau monde éclore finalement, un peu comme si « les lendemains qui chantent » évoqués par le Président de la République s’envolaient.

On l’a bien compris, dans l’esprit des dirigeants politiques et des banques centrales, c’est l’urgence du redémarrage qui s’impose désormais. La priorité n’est pas de rêver d’un monde plus juste et plus respirable, mais de sauver la production, l’emploi et les profits d’une minorité de privilégiés. Pourtant demain, “l’après” sera aussi très différemment vécu selon les individus.

Acteur de l’éducation populaire, Fédération d’associations, il nous appartient de résister à cette sinistrose ambiante et de repositionner le débat. Nous le savons, indubitablement, la crise actuelle met en lumière tous les maux de nos sociétés et l’urgence d’agir pour apporter une réponse commune aux crises sociales, écologiques et démocratiques.

Selon un récent sondage de Yougov, 68 % des Français se disent prêt à adopter un comportement plus éco-responsable au sortir du confinement, tandis que 77 % de la population considère que la pandémie est le moment propice pour adopter une politique ambitieuse de transition écologique.

Une opportunité historique nous est donnée : celle d’une remise à plat d’un système injuste, d’un modèle de développement qui détruit notre climat et écrase les plus pauvres. Le tournant à entreprendre dès maintenant consistera à redonner espoir aux générations de demain.

Nous voulons être pleinement acteurs de ce moment inédit.  Notre rôle consistera à favoriser les moments, les dispositifs, les initiatives, les rencontres et les leviers permettant à tous d’imaginer le monde d’après. Celui-ci pourrait débuter par une mobilisation en premier lieu face à l’urgence sociale et climatique.

Mais, pour que nous puissions œuvrer sereinement à accompagner les citoyen.n.es à co-construire un monde d’après, les États du « monde d’aujourd’hui » doivent immanquablement garantir la sécurité sanitaire, environnementale et sociale des peuples.

C’est pourquoi, il nous faut défendre et faire la promotion de tous les services publics, bien commun de ceux qui ont le moins, en France et dans le monde entier, et la revalorisation de tous les métiers d’utilité publique.

Imaginons qu’une reconversion écologique et sociale permette de créer des centaines de milliers d’emplois de qualité en France. Cette utopie est autant réaliste qu’adaptée à la situation !  Il nous faut militer pour la relocalisation et l’adaptation de l’économie à l’urgence climatique. C’est le chemin vers une économie et une société plus résiliente.

La bataille sera culturelle. Les totems des 30 glorieuses et de la société de consommation ne sont plus compatibles avec la soutenabilité du poids environnemental de notre présence, en tant qu’espèce, dans notre écosystème global. C’est pourquoi les Gouvernements ne doivent pas remettre en cause, sous l’influence des industries polluantes, les engagements et les objectifs environnementaux internationaux.

Nous militants et acteurs de l’éducation populaire aurons fort à faire dans cette bataille. Face à nous, 75 ans de croissance débridée et de consommation à outrance depuis 1945, en plus des décennies de publicité, ont façonné nos besoins, attentes, exigences, habitudes, comportements et modes de vie …

Pourtant, comme le dit Pierre RAHBI, « c’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. »

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Rencontre avec Jean-Paul Delahaye, ancien directeur de l’administration centrale de l’Éducation nationale, membre du Bureau de La Ligue de l’enseignement.

Jean-Paul Delahaye a été nommé DGESCO (Directeur général de l’enseignement scolaire) mercredi 21 novembre 2012. Il a démissionné de ses fonctions fin avril 2014. Il était auparavant conseiller spécial de Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale depuis mai 2012. Inspecteur général de l’éducation nationale depuis mars 2001, il est diplômé d’un doctorat en sciences de l’éducation.

 

Quelles sont les conséquences du confinement pour les familles les plus pauvres ?

Pour les familles pauvres et leurs enfants, le confinement est une catastrophe. D’abord parce que l’école, on l’oublie quand on ne connaît pas la vie de nos concitoyens pauvres, n’est pas seulement le lieu des apprentissages. L’école est aussi une institution d’aide aux familles, une possibilité de restauration le midi à des prix modiques, un premier recours face aux situations de détresse sociale, un point de médiation entre les familles et les organismes chargés de la politique médicale et sociale, un lieu où s’élaborent des solutions grâce à l’engagement et à la vigilance des personnels de l’éducation nationale. C’est tout cela qui disparaît avec la fermeture des écoles.

Comment la continuité pédagogique accroit les inégalités ?

La continuité pédagogique n’existe pas ou alors très difficilement pour les enfants des pauvres. Les inégalités ne peuvent que s’accroître si on compare la situation des enfants des milieux populaires avec la situation de enfants des classes moyennes ou favorisées qu’on nous montre tous les soirs à la télévision : des parents qui peuvent accompagner le travail personnel de leurs enfants, des enfants à l’aise sur leur tablette ou ordinateur et leur imprimante familiale, qui disposent d’une chambre personnelle et qui peuvent être en contact sans difficulté avec leurs enseignants. Ce n’est pas dans ce monde-là que vivent les pauvres.

Que pensez-vous des vacances apprenantes évoquées par le Ministre de l’éducation nationale ?

Ces séjours peuvent être une réponse à la discontinuité pédagogique dont ont souffert les élèves pendant le confinement. Mais cette réponse ne peut être que construite par les acteurs de terrain, associations et collectivités. Plusieurs conditions doivent donc impérativement être remplies :

  • – que les organisations et mouvements d’éducation populaire, donc la Ligue de l’enseignement, dont c’est la vocation historique soient associés à l’initiative dès le début du processus ;
  • – que le projet soit réellement éducatif avec des apports culturels, sportifs et qu’il ne soit pas uniquement centré sur du soutien scolaire ;
  • – que l’encadrement (enseignants volontaires, éducateurs) soit, sur chaque site retenu, partie prenante du projet de « colonie éducative »;
  • – enfin, que la gratuité (séjour et transport), décidée sur des critères sociaux, soit assurée aux familles les plus démunies. L’argent consacré inutilement au SNU trouverait là une utilisation répondant pleinement aux impératifs du moment.

 

Retrouvez les dernières interventions de Jean Paul DELAHAYE dans la presse :
Le confinement, une catastrophe pour les enfants pauvres
: https://www.liberation.fr/debats/2020/04/01/le-confinement-une-catastrophe-pour-les-enfants-pauvres_1783813
Des « colonies éducatives » ? Chiche ! : https://blogs.mediapart.fr/delahaye-jp/blog/090420/des-colonies-educatives-chiche