Du déconfinement vers une reprise

Ces derniers mois ont été éprouvants. La crise sanitaire et le confinement ont fortement impacté l’activité des associations. Les acteurs du monde associatif, dans sa grande diversité, ont vécu cette période particulière de bien des manières.

Nous nous sommes réinventés. Il a fallu nous mobiliser différemment. Nous avons appris à faire vivre nos projets avec l’obligation d’une distance nécessaire et imposée.

Mouvement d’éducation populaire, Fédération d’associations, nous avons entrepris d’accompagner notre réseau, nos adhérents. C’était un challenge. Nous en avons relevé une partie.

Notre nation toute entière s’est réinventée. Acteur du monde de l’éducation populaire, nous avons œuvré pour accompagner ce moment inédit, en donnant des clés de compréhension, en permettant les mises en réseau, en préservant les objets associatifs fragilisés par le moment, en donnant à voir les initiatives, à dupliquer et essaimer dans tous les territoires.

Je tiens à saluer le travail de nos équipes et l’incroyable bouillonnement d’initiatives issues de toute part parmi nos associations affiliées. Nous les avons relayées de toutes nos forces.

Du sport à la maison à l’UFOLEP, aux ressources pédagogiques proposées par l’USEP, ou encore à notre dossier « comment parler du COVID avec les enfants et les jeunes », et le travail d’accompagnement auprès de notre réseau associatif et culturel, jour après jour, au cas par cas, nous sommes restés debout et mobilisés !

Tout au long de ces pénibles semaines, les français, et bien au-delà, ont pris conscience de la notion de bien commun. Nous avons redécouvert l’utilité d’un service public de qualité, d’un effort national au profit de la santé de tous … Au-delà des applaudissements, chaque soir, la France s’est montrée solidaire, inventive, et créatrice de richesses insoupçonnées.

Malgré tout, nous avons mesuré à quel point notre société demeure vulnérable aux fausses informations, aux fakenews, aux complotismes de tout genre. A ce niveau, notre travail et notre mobilisation est nécessaire pour continuer le travail déjà engagé en vue d’endiguer ces phénomènes.

Parmi nos adhérents, nombreux sont ceux qui se sont mobilisés de façon collective ou individuelle, en organisant des initiatives solidaires, confectionnant des masques ou encore en faisant les courses des voisins les plus vulnérables.

Les plus jeunes ont redoublé de créativité et d’initiatives. Les plus sages ont pu compter sur les autres générations, dans ce moment de privation de leur autonomie.

On a vu poindre la lueur d’un désir d’un autre modèle de société. Ce fameux monde d’après nous a tendu les bras et les questions de revenu universel, d’impôt solidaire sur les fortunes, de nouvelle redistribution des richesses, d’autres formes de consommation, de circuits courts, … , ont pris racine dans nos consciences.

Prudence cependant, ces derniers mois ont permis d’ouvrir une brèche potentielle dans le champ de nos libertés individuelles et collectives. Les systèmes de contrôle de masse, basés sur le digital, devront nous interroger et il nous appartient d’accompagner le débat et l’évolution de la société en la matière.

Seulement voilà, à l’heure bien avancée de ce déconfinement progressif, comment envisageons-nous la reprise de la vie. Comment le monde associatif réussit il à se remobiliser et à reprendre ses activités ?

La crise du coronavirus a considérablement perturbé le fonctionnement des associations. Le gouvernement a pris des mesures pour les aider. Les mesures déployées ont permis de sauver des emplois pendant la période de confinement.

Nos activités ont repris, avec des adaptations certes, mais de façon significative.

Au fur et à mesure de l’évolution des règles de déconfinement et de l’allégement des mesures, les secteurs formation, éducation et vie fédérative ont repris. Vous le découvrirez dans cette newsletter.

La prudence demeure, et pour exemple, nos secteurs vacances et culture demeurent au ralenti.

Aujourd’hui, nous devons nous adapter et tirer les enseignements de cette période inédite. La société a été profondément marquée par la séquence que nous avons vécue. Pourtant sur le champ des idées et sur l’envie d’aller vers un nouveau monde, la route semble encore bien longue.

Dès la rentrée, si la situation poursuit vers cette amélioration progressive et tant attendue, nous serons mobilisés et à 100% de retour.

Je remercie vivement les participants à notre dernière Assemblée Générale et me réjouis du renouvellement de notre Conseil d’Administration.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Si les établissements scolaires vont réouvrir progressivement à partir du 11 mai, ils ne pourront probablement pas accueillir tous les élèves, en raison d’un protocole sanitaire strict. Oui mais voilà, qui sont-ils ? Celles et ceux qui préparent et s’affairent pour rouvrir les classes des établissements scolaires.

Dans le Nord, la Ligue de l’enseignement entretient un réseau étroit avec les forces vives des territoires. Maires, Adjoints au Maires, Directeurs, Délégués parents, nous les avons contactés et ils nous ont répondu.

Découvrez ces témoignages bruts, spontanés et livrés sans fioritures, que nous avons fait le choix de retranscrire à l’identique.

1 / LES MAIRES

Ces premiers relais de la République, c’est par eux que nous avons décidé de débuter notre collecte de témoignages.
Découvrez les témoignages de Roger VICOT, Maire de LOMME et Julien GOKEL, 1erAdjoint de CAPPELLE LA GRANDE, élu Maire

 

2/ LES ENSEIGNANTS

Chevilles ouvrières de l’éducation nationale, ils sont particulièrement mobilisés dans le cadre du retour des enfants à l’école.

Découvrez le témoignage de Valérie, Directrice d’école

 

3/ LES PARENTS D’ÉLÈVES

Nous sommes  allés à la rencontre de parents engagés, particulièrement concernés par le sujet du retour de leurs enfants à l’école.

Découvrez le témoignage de Maxime, délégué parent d’élève à Ronchin.

 

4/ LES SYNDICATS

Nous sommes allés à la rencontre de syndicalistes, portes-paroles d’une profession très concernée par cette rentrée et au feu depuis depuis mi-mars.

Découvrez le témoignage de Nicolas PENIN, Délégué Régional Hauts-de-France UNSA

Déconfinement et rentrée scolaire, l’injonction du moment face aux réalités

Nous y sommes, le Gouvernement a décidé de réouvrir les crèches, les écoles maternelles et élémentaires, contre l’avis du conseil scientifique, qui préconisait d’attendre septembre. C’est une rentrée à plusieurs vitesses qui se profile cette semaine dans les écoles françaises, une reprise qui s’apparente à l’un des chantiers les plus périlleux et incertain du déconfinement.

Orchestrée par les communes, en lien avec la communauté éducative, cette drôle de rentrée s’organise sur la base du volontariat pour les familles. Pour des raisons médicales ou privées, un certain nombre d’enseignants devraient aussi continuer de faire la classe “à distance”.
Encadrée par un protocole sanitaire extrêmement strict, cette reprise suscite bien des réactions.

Côté opinion, on a vu fleurir depuis les dernières annonces présidentielles des hashtags “Sans mon enfant”, “sans moi le 11 mai” sur les réseaux sociaux, signe que cette rentrée cristallise les inquiétudes, alors que le Gouvernement mise sur un protocole sanitaire strict pour rassurer enseignants et parents.

Pour aider les Maires donc, le Gouvernement a rédigé un protocole sanitaire très précis d’une soixantaine de fiches qui aborde dans le détail tous les aspects de la vie scolaire : nettoyage de la classe, comportement dans la cour de récréation, nombre d’élèves accueillis, matériel individuel pour chaque élève, port du masque pour les enseignants et personnels, adaptation de la cantine, transports scolaires …

Y aller, ne pas y aller ? Depuis dix jours, c’est la question que les parents se posent en boucle. Basée sur le volontariat donc, cette rentrée scolaire, à compter du 12 mai, a laissé bon nombre de parents dans l’expectative

Du « sur-mesure », du « cas par cas » et surtout « en concertation avec les familles », côté petite enfance, les gestionnaires de crèches sont également en première ligne. Une multitude de décisions et de mesures très concrètes réorganisent l’accueil des parents dans le respect des règles de distanciation sociale, allant de la fréquence de désinfection des espaces et des jouets, à la modification du protocole d’accueil d’un nouveau bébé parmi les enfants …

Pourtant, en matière sanitaire, nombre de directeurs d’école s’inquiètent de l’absence de réelles protections fournies aux personnels des écoles. Des carences subsistent : pas de dépistage systématique prévu pour les personnels et les élèves, aucun masque FFP2 non plus. Dans la plupart des établissements scolaires, les masques grand public promis pour les personnels et le gel hydroalcoolique ne sont pas arrivés.

Selon le conseil scientifique cette rentrée pose question sur le plan sanitaire. Les experts indiquaient dans une note du 20 avril, “En l’état actuel des connaissances au plan épidémique, le risque de formes graves est faible dans cette population les enfants. Le risque de contagiosité individuelle chez les jeunes enfants est incertain, mais paraît faible. A l’inverse, le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes”.

Alors donc, fallait-il s’exposer à ce point et réouvrir les écoles le 11 mai alors que l’épidémie du coronavirus n’est pas encore derrière nous ? Fallait-il aller à l’encontre de l’avis du Conseil scientifique ? Y a-t-il un risque de regrouper les enfants dont la contagiosité reste controversée voire mystérieuse selon les épidémiologistes ?

Pourtant pour de nombreux parents, cette reprise de l’école s’impose d’elle même. Sapeur-pompiers, facteurs, infirmiers, aides à domicile, livreurs, chauffeurs … celles et ceux qui, depuis le début de l’épidémie, ont sacrifié leurs vies de famille pour effectuer au mieux leur travail n’auront pas d’autres choix que de mettre leurs enfants à l’école. De même, dans les familles monoparentales, ou encore dans les foyers où un seul salaire ne rentre et qu’il faut compléter par des formes de travail informel, l’école et le retour à la cantine seront certainement une bouffée d’oxygène pour les budgets des ménages les plus faibles, notamment dans notre Département.

Autre motif d’inquiétude, les règles imposées par le protocole sanitaire national sont si contraignantes que de nombreux enseignants estiment que la situation sera maltraitante pour les enfants. Pour les directeurs d’écoles maternelles et élémentaires difficile de garantir le respect des distances de sécurité dans les couloirs ou dans les cours de récréation. L’application très concrète du protocole sanitaire dessine une école déconcertante, étouffante, où les enfants ne se donneront plus la main, dans laquelle ils ne joueront plus ensemble.

Irrémédiablement, nos enfants ne joueront de la même manière et leur comportement, accompagné vers la socialisation, à l’école sera entravé par des règles qu’ils ne comprendront probablement pas, dans un premier temps. Plus de jeux de tapis, plus de jeu de société, plus de jeu de construction, plus de jeu pédagogique, plus de pâte à modeler, il leur sera aussi interdit de grimper sur les structures collectives ou de jouer au ballon lors des récréations.

Est-ce cela l’école pour laquelle nous nous sommes battus ?

Depuis la fin du mois d’avril et l’annonce par le Premier Ministre d’un retour progressif à l’école dès le 11 mai, de nombreux maires montent au créneau pour exprimer leurs craintes face à cette décision. Impossibilité de respecter les règles sanitaires, difficultés à appliquer les mesures partout sur le territoire, risque pénal ; ces cas de maires ne souhaitant pas rouvrir leurs écoles se multiplient.

Retrouvez la carte interactive des communes des Hauts de France et les spécificités de chacune des communes, dans le cadre de la réouverture des écoles. https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1FRmvYRtEcAXB3EIRKVebxmhnMG-fe_m1&ll=50.597955595383034%2C2.860641499999929&z=8

A l’occasion de cette dernière Newsletter spéciale confinement, nous sommes allés à la rencontre, à distance, d’élus locaux, de parents d’élèves et d’enseignants. Nous avons collecté leurs témoignages, en vue de comprendre et donner à voir la façon dont les choses se sont organisées, sur le terrain. Vous découvrirez ces entretiens dans notre dossier spécial déconfinement.

 

 

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Texte d’Olivier Caremelle, ancien Directeur de Cabinet de la ville de Grande Synthe

Le moment est venu.

Popularisée pendant la campagne présidentielle par Benoit Hamon, la mesure portant création d’un revenu de base est devenue une nécessité.

Les mutations que nous subissons depuis plus de 40 ans ont bouleversé notre rapport au travail. Qui, aujourd’hui, mis à part ceux qui ont intérêt, ne voit pas qu’un autre modèle de croissance et de société sont intimement liés ?

C’est fort de cette analyse que la ville de Grande-Synthe a initié, en 2019, une expérimentation « grandeur nature » sur toute la ville d’une mesure se rapprochant du revenu de base : la création du minimum social garanti. Il s’agissait de combattre la pauvreté par la création d’une aide sociale facultative et temporaire, basée sur les revenus du ménage.

Dans le droit fil de ce que la ville a promeut pendant le majorat de Damien Carême, il fallait innover, expérimenter et créer les conditions d’un nouveau modèle dans lequel le travail aurait encore sa place mais aussi dans lequel l’emploi est fragile. 

Comme toute la politique de ville en transition bâtie à Grande-Synthe, nous avions la conviction qu’il fallait « redonner du pouvoir de vivre », de lutter contre toutes les précarités, de rendre de la dignité aux personnes les plus vulnérables, fragiles voire affaiblies.

Il ne s’agissait pas pour cela de verser une simple allocation, une prestation complémentaire pour finir les fins de mois, ni d’organiser une charité moderne mais de rendre toutes les personnes actrices de leur vie, de leur redonner de l’autonomie pour se construire.

Pensé comme une expérimentation du revenu universel à l’échelle d’une ville, le mécanisme pourrait inspirer de nombreuses communes et évidemment l’Etat si la volonté politique le permettait.

Le dispositif vise ainsi à apporter une aide financière aux habitants qui vivent sous le « seuil de pauvreté bas », moins de 900 euros pour financer des dépenses de logement, de transport, d’éducation, de formation, d’accès à la culture. S’il faudra tirer le bilan de cette expérimentation, tout indique aujourd’hui l’intérêt de revoir la protection sociale dans notre pays afin de donner, au-delà du travail, à chacun le droit de vivre en toute dignité.

Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire du Covid-19 a fragilisé le dogme libéral, le revenu de base apparaît dans toute l’Europe, en Espagne, en Allemagne ou au Royaume-Uni, comme une solution pour amortir le choc social, sans précédent.

Des décisions de rupture sont aujourd’hui nécessaires pour fonder un nouveau pacte social dans lequel le revenu de base pourra être l’épicentre. Osons-le.

Bâtir pour le monde d’après, tout de suite ou maintenant ?

Et si c’était l’heure de tout réinventer ? De saisir l’opportunité du confinement et du déconfinement prochain pour repenser tous ensemble la société, le travail, l’éducation, la culture, la nourriture, la politique ou notre rapport à la planète ?

Au début de la crise du COVID 19, dans les premières semaines du confinement, nombreux sont ceux qui s’essayaient à imaginer un monde nouveau, plus écologique et plus solidaire. Nous aspirions naïvement à un nouveau monde, un monde différent, tourné vers l’humain et en phase avec son environnement …

Toutefois, les semaines passant, une autre « petite musique » est progressivement montée, avec l’affirmation de l’écrasante « crise » économique à venir, musique montante d’une violence inouïe … et le puissant « vieux monde » a repris le dessus.

Démocratiques ou autoritaires, tous les régimes sont secoués par la pandémie. La tendance au repli national et à la controverse sur la crise sanitaire est difficile à battre en brèche, terreau favorable pour enfermer ces aspirations populaires à envisager un autre modèle de société.

Illustration récente, en France le ministre des affaires étrangères, a fait part de ses réserves quant à la possibilité de voir ce nouveau monde éclore finalement, un peu comme si « les lendemains qui chantent » évoqués par le Président de la République s’envolaient.

On l’a bien compris, dans l’esprit des dirigeants politiques et des banques centrales, c’est l’urgence du redémarrage qui s’impose désormais. La priorité n’est pas de rêver d’un monde plus juste et plus respirable, mais de sauver la production, l’emploi et les profits d’une minorité de privilégiés. Pourtant demain, “l’après” sera aussi très différemment vécu selon les individus.

Acteur de l’éducation populaire, Fédération d’associations, il nous appartient de résister à cette sinistrose ambiante et de repositionner le débat. Nous le savons, indubitablement, la crise actuelle met en lumière tous les maux de nos sociétés et l’urgence d’agir pour apporter une réponse commune aux crises sociales, écologiques et démocratiques.

Selon un récent sondage de Yougov, 68 % des Français se disent prêt à adopter un comportement plus éco-responsable au sortir du confinement, tandis que 77 % de la population considère que la pandémie est le moment propice pour adopter une politique ambitieuse de transition écologique.

Une opportunité historique nous est donnée : celle d’une remise à plat d’un système injuste, d’un modèle de développement qui détruit notre climat et écrase les plus pauvres. Le tournant à entreprendre dès maintenant consistera à redonner espoir aux générations de demain.

Nous voulons être pleinement acteurs de ce moment inédit.  Notre rôle consistera à favoriser les moments, les dispositifs, les initiatives, les rencontres et les leviers permettant à tous d’imaginer le monde d’après. Celui-ci pourrait débuter par une mobilisation en premier lieu face à l’urgence sociale et climatique.

Mais, pour que nous puissions œuvrer sereinement à accompagner les citoyen.n.es à co-construire un monde d’après, les États du « monde d’aujourd’hui » doivent immanquablement garantir la sécurité sanitaire, environnementale et sociale des peuples.

C’est pourquoi, il nous faut défendre et faire la promotion de tous les services publics, bien commun de ceux qui ont le moins, en France et dans le monde entier, et la revalorisation de tous les métiers d’utilité publique.

Imaginons qu’une reconversion écologique et sociale permette de créer des centaines de milliers d’emplois de qualité en France. Cette utopie est autant réaliste qu’adaptée à la situation !  Il nous faut militer pour la relocalisation et l’adaptation de l’économie à l’urgence climatique. C’est le chemin vers une économie et une société plus résiliente.

La bataille sera culturelle. Les totems des 30 glorieuses et de la société de consommation ne sont plus compatibles avec la soutenabilité du poids environnemental de notre présence, en tant qu’espèce, dans notre écosystème global. C’est pourquoi les Gouvernements ne doivent pas remettre en cause, sous l’influence des industries polluantes, les engagements et les objectifs environnementaux internationaux.

Nous militants et acteurs de l’éducation populaire aurons fort à faire dans cette bataille. Face à nous, 75 ans de croissance débridée et de consommation à outrance depuis 1945, en plus des décennies de publicité, ont façonné nos besoins, attentes, exigences, habitudes, comportements et modes de vie …

Pourtant, comme le dit Pierre RAHBI, « c’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. »

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Rencontre avec Jean-Paul Delahaye, ancien directeur de l’administration centrale de l’Éducation nationale, membre du Bureau de La Ligue de l’enseignement.

Jean-Paul Delahaye a été nommé DGESCO (Directeur général de l’enseignement scolaire) mercredi 21 novembre 2012. Il a démissionné de ses fonctions fin avril 2014. Il était auparavant conseiller spécial de Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale depuis mai 2012. Inspecteur général de l’éducation nationale depuis mars 2001, il est diplômé d’un doctorat en sciences de l’éducation.

 

Quelles sont les conséquences du confinement pour les familles les plus pauvres ?

Pour les familles pauvres et leurs enfants, le confinement est une catastrophe. D’abord parce que l’école, on l’oublie quand on ne connaît pas la vie de nos concitoyens pauvres, n’est pas seulement le lieu des apprentissages. L’école est aussi une institution d’aide aux familles, une possibilité de restauration le midi à des prix modiques, un premier recours face aux situations de détresse sociale, un point de médiation entre les familles et les organismes chargés de la politique médicale et sociale, un lieu où s’élaborent des solutions grâce à l’engagement et à la vigilance des personnels de l’éducation nationale. C’est tout cela qui disparaît avec la fermeture des écoles.

Comment la continuité pédagogique accroit les inégalités ?

La continuité pédagogique n’existe pas ou alors très difficilement pour les enfants des pauvres. Les inégalités ne peuvent que s’accroître si on compare la situation des enfants des milieux populaires avec la situation de enfants des classes moyennes ou favorisées qu’on nous montre tous les soirs à la télévision : des parents qui peuvent accompagner le travail personnel de leurs enfants, des enfants à l’aise sur leur tablette ou ordinateur et leur imprimante familiale, qui disposent d’une chambre personnelle et qui peuvent être en contact sans difficulté avec leurs enseignants. Ce n’est pas dans ce monde-là que vivent les pauvres.

Que pensez-vous des vacances apprenantes évoquées par le Ministre de l’éducation nationale ?

Ces séjours peuvent être une réponse à la discontinuité pédagogique dont ont souffert les élèves pendant le confinement. Mais cette réponse ne peut être que construite par les acteurs de terrain, associations et collectivités. Plusieurs conditions doivent donc impérativement être remplies :

  • – que les organisations et mouvements d’éducation populaire, donc la Ligue de l’enseignement, dont c’est la vocation historique soient associés à l’initiative dès le début du processus ;
  • – que le projet soit réellement éducatif avec des apports culturels, sportifs et qu’il ne soit pas uniquement centré sur du soutien scolaire ;
  • – que l’encadrement (enseignants volontaires, éducateurs) soit, sur chaque site retenu, partie prenante du projet de « colonie éducative »;
  • – enfin, que la gratuité (séjour et transport), décidée sur des critères sociaux, soit assurée aux familles les plus démunies. L’argent consacré inutilement au SNU trouverait là une utilisation répondant pleinement aux impératifs du moment.

 

Retrouvez les dernières interventions de Jean Paul DELAHAYE dans la presse :
Le confinement, une catastrophe pour les enfants pauvres
: https://www.liberation.fr/debats/2020/04/01/le-confinement-une-catastrophe-pour-les-enfants-pauvres_1783813
Des « colonies éducatives » ? Chiche ! : https://blogs.mediapart.fr/delahaye-jp/blog/090420/des-colonies-educatives-chiche

Covid-19, pauvreté et pandémie : un mélange détonant

On le pressentait depuis le début, c’est désormais une évidence. Cette pandémie est d’abord et surtout une maladie qui touche encore plus durement les pauvres. Après le personnel soignant, en première ligne, ce sont en effet « les sans-grade », les caissières, les éboueurs, les aides à domicile, les femmes de ménage, les livreurs, tous les invisibles, les précaires, ceux dont les conditions de vie sont les plus difficiles, qui vont payer le plus lourd tribut au virus.

La propagation du COVID-19 à l’échelle de la planète est une véritable bombe à retardement. Selon une estimation de l’ONG Oxfam, la pandémie mondiale pourrait plonger plus de 500 millions de personnes dans la pauvreté. Dans un rapport publié le jeudi 9 avril, l’organisme humanitaire dresse un tableau très sombre de la situation à venir si les États ne mettent pas en œuvre rapidement une riposte adaptée et coordonnée à cette crise globale.

Les effets du coronavirus pourraient constituer un recul de dix ans dans la lutte contre la pauvreté, et voire 30 ans dans certaines régions comme en Afrique sub-saharienne, au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord.

Le coronavirus menace la planète d’un désastre économique sans précédent, jamais vu depuis 1929. Les économies des superpuissances s’effondrent. L’emblématique et immuable toute puissance américaine est balayée. 6,65 millions de nouvelles demandes d’allocations chômage en une semaine. C’est du jamais vu pour cette économie américaine, touchée de plein fouet par la propagation rapide de la pandémie. La réserve fédérale américaine évoque la destruction de 47 millions d’emplois, ce qui se traduirait par un taux de chômage de 32% aux États-Unis. En février, celui-ci n’était que de 3,5% …

Dans le reste du monde, parmi les régions les plus exposées l’Afrique, l’Asie de l’Est, le Pacifique et l’Asie du Sud. Dans ces régions, le manque d’établissements de santé et l’absence de tout système de protection sociale font craindre le pire. Phénomène supplémentaire dans ces zones du monde, le poids de l’économie informelle (non déclarée) peut atteindre des niveaux très importants. Difficilement quantifiable, mais estimé à près de 2 milliards, l’accompagnement par les États de ces travailleurs très pauvres et extrêmement précarisés s’avère irréalisable.

En France, des inégalités territoriales s’expriment également dans ce contexte par une exposition disproportionnée des populations aux conséquences de l’épidémie. Début avril, le directeur de la Santé annonçait un « excès de mortalité exceptionnel » en Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de France.

Parmi les raisons que nous imaginons : les conditions de logement (appartements trop petits, exposition aux marchands de sommeil, foyers de travailleurs bondés, bidonvilles) ont fait flamber la propagation du virus. Dans ce département, il y a aussi moins de soignants et moins de lits en réanimation que dans les départements voisins. En une semaine, le nombre de décès y a bondi de 63 %.

Dans notre région des Hauts de France, bien que la population y soit en moyenne plus jeune qu’ailleurs, certains territoires comptent cependant un poids de personnes de 75 ans et plus bien au-delà de la moyenne nationale. Les bassins d’emploi frappés par les crises successives de désindustrialisation et les pollutions liées au passé régional industriel ont fragilisé la population de façon significative, autant sur le plan sanitaire (cancer, diabète, obésité) que social. Il convient donc de faire preuve d’une très grande prudence. Très peu de données sont aujourd’hui accessibles mais la paupérisation d’une partie de notre population nous fait craindre des conséquences plus lourdes, comparativement à d’autres régions.

Ainsi, les personnes vulnérables ne doivent pas être oubliées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Les familles isolées, sans-abri ou mal-logées sont autant de victimes potentielles et leur situation doit être prise en compte pour lutter efficacement contre le virus. L’État doit se mobiliser pleinement et accompagner l’action des associations !

Pour les plus fragiles, le non-accès à l’information, l’absence d’accès à l’eau et aux produits d’hygiène, déjà difficile en temps normal, est dramatique durant cette pandémie. Combattre le coronavirus suppose aussi de lutter contre les discriminations et les violences qui affectent ces familles et ces enfants. Le Covid-19 ne fait pas de discrimination, et pour l’endiguer, l’État ne doit pas en faire non plus.

Ces inégalités sociales ont-elles été prises en compte lors de la décision des mesures de confinement ? A l’évidence non, et sans retenue, on a stigmatisé les habitants des quartiers populaires, accusés de ne pas respecter les contraintes de distanciation sociale. Dans le même temps, des violences policières ont mis le feu aux poudres … Attention danger !

Au niveau international, le Président de la République a suggéré l’annulation immédiate des paiements de la dette des pays en développement pour une valeur de 1 000 milliards de dollars en 2020. Irrémédiablement, les pays concernés ne sauraient supporter ce poids supplémentaire pour se relever et gérer cette crise. Sans cela, les populations en souffriraient terriblement. Rappelons au passage que cette « dette odieuse » n’est pas le fait des peuples, et qu’elles ont été contractées par des pouvoirs autoritaires. Elle pourrait être remboursée à l’occasion de cette transition démocratique.

Au niveau national, pourquoi ne pas envisager la création d’impôts de solidarité d’urgence en taxant les bénéfices extraordinaires, les plus grandes fortunes, les produits financiers spéculatifs et les activités ayant un impact négatif sur l’environnement.

La France doit urgemment œuvrer à l’application d’une politique plus « juste et redistributive ». Les efforts doivent s’imposer aux plus forts et préserver les plus modestes : imposer davantage les grandes fortunes, instaurer une taxe sur les transactions, lutter plus efficacement contre l’évasion fiscale et enfin suspendre les versements de dividendes, rachats d’actions aux actionnaires ou des bonus aux grands patrons tant que durera la crise.

Une sortie de crise ne saurait être imaginée sans l’Union Européenne et sa Banque Centrale. La crise financière qui a sévi à partir d’août 2007 a nécessité une intervention sans précédent de la part des banques centrales partout dans le monde et notamment de la BCE.

Imaginons que chaque personne bénéficie d’au moins 450 € par mois comme ressource, hors travail, issu d’une redistribution plus équitable des richesses et du produit de la croissance sous la forme d’un revenu de base, ou dit universel. Un début de piste à nouveau d’actualité, à creuser pour l’avenir …

Sommes-nous prêts à vivre une crise sociale sans précédent sans y apporter une vraie solution économique et humaniste ?
Le Revenu Universel est-il la bonne solution à la lutte contre la pauvreté et la reprise de la croissance ?
Pourrions-nous envisager et profiter de cette crise unique pour changer de paradigmes ?

Combien les effets de la pauvreté coûte à notre société ? Ne serait-ce pas moins coûteux d’investir vers un nouvel modèle de société toujours plus solidaire ?

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Après le Covid-19, quelle transition écologique ?

 

Le projet de loi de finances rectificative 2020, voté ce vendredi 17 avril à l’Assemblée nationale, va mettre à disposition une première enveloppe de 20 milliards d’euros pour le sauvetage de grandes entreprises stratégiques, telles qu’Air France, Renault ou le parapétrolier Vallourec.

Dans un communiqué, les Amis de la Terre, Greenpeace et Oxfam se sont alarmés qu’aucune condition ne soit posée au versement de ces aides publiques, alors qu’elles pourraient renflouer des entreprises polluantes, qui contribuent fortement au dérèglement climatique.

La crise du coronavirus nous impose de penser l’avenir. Nous pouvons choisir le retour en arrière et investir dans l’économie et les énergies du passé, destructrices pour l’environnement et le climat. Ou alors, nous pouvons choisir de faire un bond en avant en accélérant la transition vers un autre système énergétique, renouvelable et économe en énergie, plus démocratique, créateurs d’emplois et de bénéfices pour les peuples.

N’est-il pas venu le temps d’imposer à l’industrie de nouvelles règles ? Ne vivons-nous pas un moment charnière historique pour accélérer la sortie du pétrole ? Ne sommes-nous pas au terme d’un cycle, celui qui impose l’arrêt du capitalisme à outrance dans notre monde globalisé et rendu vulnérable ? L’idée du libre-échange ne s’est-elle pas dégradée au point d’être exacerbée par un profit aveugle et anonyme ? Quand l’humanité cessera-t-elle de vivre à crédit sur le compte des générations futures ?

Parmi les puissants, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ressortent d’ores et déjà comme les grands gagnants de la crise actuelle. En quelques semaines, ces hydres se sont rendues incontournables dans chaque aspect de nos vies confinées : le travail et l’enseignement à distance, la communication avec nos proches, l’accès à l’information et au divertissement, les achats en ligne, la livraison et même les téléconsultations médicales.

Et pourtant, comme une fuite en avant, quelle incroyable source de pollutions induites !

Afin d’enrayer cette périlleuse machine à polluer, nous devrions adopter individuellement et collectivement une forme de sobriété numérique, en faisant le tri parmi les innovations qui nous sont chaque jour proposées, en apprenant à réparer et à recycler les matériels qui peuvent l’être plutôt que de les jeter, et en mettant toutes les technologies nouvelles au service de l’environnement plutôt que l’inverse.

Un récent rapport du GIEC (Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) souligne de son côté que les besoins d’investissements dans le système énergétique se situent à 2,5 % du PIB mondial jusqu’au moins 2035 afin de rester dans la cible des 1,5 Degré Celsius de réchauffement.

Avant la crise du COVID, le récent « Pacte vert » de l’Union européenne visait à investir 1,5 % du PIB d’ici à 2030, quand le « Green New Deal » nord-américain se chiffrait aux environs de 2 % du PIB.

Avec de tels montants combinés aux plans massifs à venir pour compenser les effets du COVID sur l’économie, et sans sous-estimer les besoins économiques et sanitaires urgents, on regrettera longtemps le fait de ne pas saisir une telle occasion en conditionnant une partie de ces dépenses aux investissements nécessaires à une transition socio-écologique menant à un nouveau modèle de développement.

Les vraies solutions pour respecter nos engagements climatiques sont à portée de main : à condition d’investir massivement dans les transports publics, la rénovation des logements, l’optimisation de systèmes de chauffage, l’efficacité énergétique, la sobriété dans les modes de consommation, et les énergies renouvelables.

Dans ce contexte, nous redécouvrons l’importance de l’État. Il est néanmoins frappant de constater que le financement de la transition socio-écologique soit à ce point ignoré dans ces programmes d’urgence, alors même que la crise écologique constitue l’enjeu principal de politique mondiale de ce siècle. Pourtant, comme toute crise, la crise sanitaire et économique actuelle pourrait même être utile si elle offrait les moyens de répondre à la crise socio-écologique à une échelle et une rapidité inégalée.

Militants associatifs et acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire, nous sommes convaincus que tous ces investissements sont porteurs de bénéfices pour l’économie et la société : moins de précarité énergétique, moins de dépenses pour les ménages, moins de pollution de l’air et de problèmes sanitaires, moins de déchets, moins d’extraction de matières premières, plus d’emplois et de bénéfices non-délocalisables.

Des plans de relances de milliers de milliards d’euros sont en préparation dans le monde et en France : investissons pour poser les bases d’un système énergétique plus soutenable et démocratique, et assurons-nous qu’il ne viendra pas soutenir les industries les plus polluantes.

Il est impératif de veiller à ce que nos décideurs ne profitent pas du plan de relance après cette crise du coronavirus pour renflouer l’ancien système et sauver les énergies du passé. Les piliers de l’économie du jour d’après doivent être climatiques, écologiques et sociaux.

Nous en sommes convaincus, le soutien de l’État doit avoir pour seuls objectifs le maintien de l’emploi et la transition écologique.

 

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

#entendonsleurscris

Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violence domestique. De nombreuses femmes, jeunes filles et enfants se retrouvent particulièrement exposées à la violence précisément là où elles devraient en être protégées, dans leurs propres foyers.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé, dimanche 5 avril, un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles, alors que le confinement provoqué par la pandémie de coronavirus exacerbe les violences conjugales et intrafamiliales.

Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont prises au piège, confinées dans leur maison avec leur agresseur. Là où le virus semble ne connaître aucune frontière, force est de constater qu’il s’accompagne de l’amplification des violences au sein du foyer, dans tous les pays et tous les continents, sans aucune distinction.

Dans les faits, la première semaine de restrictions en Afrique du Sud s’est traduite par près de 90.000 plaintes de violence, tandis qu’en France, la violence domestique a cru d’un tiers en une semaine. Dans le même temps, le gouvernement australien a rapporté pour sa part avoir constaté une augmentation de 75% des recherches sur Internet pour un soutien face à des violences dans les foyers.

Face à l’urgence, en France, les autorités ont annoncé la mise en place de “points d’accompagnement éphémères” dans des centres commerciaux et lieux publics pour accueillir les victimes et le déblocage d’un million d’euros pour venir en aide aux associations de terrain. Mesures de crise qui semblent dérisoires en réponse à une telle vague, dans un contexte d’affaiblissement de l’action publique où rien n’apparait à la hauteur de l’enjeu.

Parallèlement, les violences sur les enfants, mesurables par les appels au 119, la ligne téléphonique “Allô enfance en danger”, ont augmenté de 20% depuis le début du confinement, et les appels considérés comme urgents ont augmenté de 60% par rapport au moins de février. Rappelons qu’en France, chaque année, plus de 50 000 enfants et adolescents sont victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.

En réponse, depuis la semaine dernière, la ligne téléphonique 119 est doublée d’un service de signalement par écrit des violences, sur internet. Ce dispositif, est présenté comme destiné aux victimes qui ne pourraient s’isoler pour appeler à l’aide et a déjà permis à plusieurs d’entre elles de s’extraire de certaines situations.

L’Unicef France et le collectif féministe #NousToutes, réunis sous le slogan “#EntendonsLeursCris”, ont lancé une campagne d’information et de sensibilisation, notamment sur internet, pour faire connaître le numéro 119 et encourager les victimes à appeler à l’aide. Ces deux organisations souhaitent interpeller et sensibiliser largement le public.

Nous relayerons !

Indubitablement, la justice doit protéger les victimes et punir les coupables. Au-delà, les programmes de sensibilisation, trop peu nombreux, constituent un enjeu pour combattre en amont tous les signes et mécanismes précédents les violences …

Pour nous, le droit et la justice doivent pouvoir ici retrouver leur place. Il s’agit d’abord d’assurer la protection de personnes vulnérables et d’intervenir au nom de l’enfance en danger.

Demain, il faudra accompagner les victimes et notamment les plus jeunes puisque toutes les études montrent que les enfants peuvent être psychologiquement gravement atteints par ce à quoi ils assistent. Il s’agit d’un véritable traumatisme psychique aux conséquences durables sur leur développement.

Pour peu que les scènes se répètent, ils sont automatiquement et durablement victimes. Quant aux plus grands, ils apprennent la violence et interprètent que c’est de cette manière que se règlent les rapports humains, spécialement avec les femmes et les plus vulnérables.

Concernant les auteurs, nous appelons à une réflexion tournée vers des programmes psycho-éducatifs sur le sens de la violence et un ensemble de réflexions et travaux à mener auprès de tous les publics sur les relations homme-femme, les émotions et leur contrôle, les liens et conduites de dépendance, la souffrance des enfants … Là où ces violences ne connaissent pas de frontières géographiques, indubitablement elles touchent toutes les strates de notre société.

Cette crise sanitaire semble révéler des maux considérables et des failles majeures dans notre société. Militants associatifs, artisans d’une certaine idée de la fraternité et mobilisés dans le champ de l’éducation populaire, ce constat nous interpelle et heurte profondément nos certitudes. Demain, le travail à accomplir, aux côtés des acteurs associatifs et des professionnels, sera colossal.

D’ici là, une réalité persiste, toutes ces femmes, ces enfants et adolescent.e.s, victimes de violences, entrent dans leur 5ème semaine d’un silence assourdissant.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Libertés individuelles et état d’urgence sanitaire, quel équilibre ?

La progression fulgurante de l’épidémie de Covid-19 le confirme chaque jour un peu plus : le respect des libertés publiques fondamentales est difficilement compatible avec la gestion sanitaire d’une crise de cette ampleur.

Dans tous les pays et sur tous les continents, les pouvoirs publics ont durci les restrictions de rassemblement et de déplacement des populations pour tenter d’enrayer la transmission du coronavirus. Hors contexte, bon nombre de ces mesures seraient décriées et qualifiées de liberticides. Pourtant, elles sont déployées aujourd’hui dans un cadre parfaitement légal, celui de l’état d’urgence.

Pour agir dans des situations où l’intérêt national, la sécurité des populations et l’ordre public sont gravement menacés, les démocraties ont été amenées à établir des règles dérogatoires au droit commun.

L’Italie, pays le plus durement touché par le Covid-19 en Europe, a été l’un des premiers États à mettre en place un dispositif de surveillance de la population (Lombardie). Les opérateurs téléphoniques ont mis à disposition les données issues des smartphones pour contrôler les passages d’une borne téléphonique à une autre.

En Bulgarie, la police s’est vue accorder une autorité absolue sur le traçage numérique. Sur simple demande, les opérateurs mobiles peuvent être amenés à fournir les données dont ils disposent. Dans le cas bulgare, le contrôle judiciaire du traçage numérique et de la géolocalisation des téléphones portables est complètement absent.

En Pologne, le gouvernement a lancé une application mobile permettant de contrôler, à l’aide de selfies à envoyer plusieurs fois par jour aux autorités, le respect des mesures de confinement.

Sur France 2 le 26 mars, le Ministre de l’Intérieur a assuré que le Gouvernement ne s’engagerait pas vers un traçage numérique. Pourtant, le Président de la République a créé deux jours plus tôt un comité « analyse recherche et expertise » qui devra le conseiller sur les « pratiques de backtracking » (traçage numérique) qui permettraient d’identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus du Covid-19.

Nous rappelons que l’État a l’obligation internationale de prendre toutes les mesures qui sont nécessaires pour sauvegarder les droits de l’Homme. Sa responsabilité internationale peut être engagée devant la Cour européenne des droits de l’homme. Les dérogations aux libertés prises en cas de situations d’exceptions ne doivent en aucun cas pécher par excès.

Dans le contexte du COVID-19, déroger à la liberté de mouvement et de réunion semble suffisant. Dans le fond, le droit à une vie familiale normale se voit aujourd’hui limité, puisque les rapports entre petits-enfants et grands-parents sont à éviter. Quant au droit au travail, il est soit aménagé (avec le télétravail), soit entravé selon les cas.

Toutefois, certains droits ne peuvent souffrir d’aucune limitation, y compris en situation d’urgence. C’est le cas, du droit de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants. Nous sommes attentifs aux pratiques des forces de l’ordre dans la période. Exposées et particulièrement mobilisés, ces fonctionnaires et militaires doivent bénéficier d’un encadrement très rigoureux et précis, dans le cadre la mise en application des règles de confinement notamment.

La liberté de conscience et de pensée est, elle-même, par essence, absolue même si la liberté de manifester sa religion ou ses convictions peut, elle, être restreinte, ce qui explique que les rassemblements liés au culte puissent être temporairement interdits.

Tout l’enjeu pour l’État consistera donc à trouver le juste équilibre entre liberté et santé. Il apparait également essentiel qu’il se mette en mesure de respecter le principe d’égalité.

Nous appelons à la plus grande vigilance, puisque deux types de personnes sont susceptibles d’être particulièrement touchées par les ajustements liberticides dans le contexte de l’épidémie : les détenus, complétement coupés du reste de la société, et les sans-abris qui ne peuvent pas se confiner puisqu’ils sont sans logement. D’ailleurs de nombreuses associations relaient des appels à l’aide, coupées de leurs bénévoles et de tous leurs moyens.

Enfin, l’état d’urgence implique de faire preuve de la plus grande prudence car il est propice à la violation des droits de l’homme et abimer psychologiquement de nombreuses situations fragiles. Ainsi, les enfants ou les femmes confrontés à des situations de violence au sein de leur foyer sont d’autant plus exposés compte tenu du confinement. Là également, on voit fleurir toutes sortes d’initiatives pour accompagner les victimes, qui, dans ce contexte d’enfermement sont d’autant plus vulnérables …

Une fois l’épidémie vaincue, de nombreux choix vont se poser. D’aucuns demanderont davantage d’État et moins de liberté. Il conviendra d’être extrêmement vigilants.

Avec toujours l’égalité en perspective. « J’appelle mesure, disait Aristote, ce qui ne comporte, ni exagération, ni défaut » ; la vertu « tient la juste moyenne entre ces deux extrémités fâcheuses ».

L’état d’urgence ne confère ainsi nullement un blanc-seing à l’État.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord