TROISIÈME SEMAINE, ET L’ÉCOLE DANS TOUT ÇA ?

Alors qu’en France s’ouvre une troisième semaine de confinement, que le 1er Ministre a annoncé vendredi dernier son prolongement pour deux nouvelles semaines avec une incertitude temporelle sur un sortie de crise, que l’épidémie de COVID 19 semble toucher massivement tous les continents et tous les pays, la France apprend à vivre dans ce contexte social et sociétal inédit.

Militants et acteurs d’associations d’éducation populaire, complémentaire de l’enseignement public, résolument engagée au service d’une République sociale, laïque et solidaire, la Ligue de l’enseignement milite pour accompagner la mobilisation de tous les acteurs dans la perspective d’une véritable Refondation de l’École publique et de l’ensemble des politiques éducatives. Immanquablement, cette crise sanitaire met en grande tension l’école et nous confronte à des questions fondamentales.

Pas d’ordinateur à la maison, ou trop peu pour le nombre d’enfants de la famille. Une connexion Internet vacillante, des difficultés à accéder aux espaces numériques de travail (ENT) ou à comprendre les consignes écrites des professeurs ou tout simplement un manque de motivation. Voilà toutes les raisons qui expliquent le fait que certains élèves ne travaillent pas ou peu depuis le confinement. Une inquiétude dont se sont faits le relais de nombreux syndicats d’enseignants ainsi que des fédérations de parents d’élèves, qui craignent l’accroissement des inégalités scolaires pendant cette période d’école à la maison.

Dans les jours prochains, notre Fédération diffusera un appel aux Maires et élus locaux du département, pour qu’ils mettent à disposition aux enfants démunis du matériel nécessaire au bon suivi de leur cursus, en lien avec le CEDRE.

Pourtant le coronavirus n’a pas créé les inégalités scolaires et sociales. Il les révèle. Cette crise sanitaire, que personne n’a su ou pu anticiper, montre bien que l’école à la française est d’abord faite pour les enfants qui vont bien.

D’ailleurs à quoi sert l’école si on peut la faire à distance ? C’est la question que l’on peut se poser à entendre le ministre de l’Éducation tenir la ligne de la « continuité pédagogique », expliquer que toutes les familles seront appelées par téléphone une fois par semaine et que les écarts scolaires créés par la situation seront comblés par des modules de soutien cet été.

Dans les faits, les quelque 850.000 enseignants de France se sont adaptés, chacun à leur manière. Nous saluons toutes leurs initiatives. Les solutions qui s’inventent vont faire école. Alors, il faudra réussir à passer de l’initiative individuelle à quelque chose qui puisse faire système. L’État sera-t-il au rendez-vous ?

L’UNESCO indique que « la fermeture, même temporaire, des établissements scolaires entraîne des coûts sociaux et économiques élevés. Les perturbations qu’elle induit affectent toutes les communautés, mais les conséquences sont particulièrement graves pour les enfants défavorisés et leurs familles. »

Les raisons qui expliquent en quoi la fermeture des établissements scolaires est préjudiciable sont nombreuses :  interruption de l’apprentissage, alimentation (de nombreux enfants et jeunes comptent sur les repas fournis gratuitement ou à moindre coût à l’école pour se nourrir et avoir une alimentation saine, par conséquent, la fermeture des établissements scolaires a une incidence sur l’alimentation), manque de préparation des parents à l’enseignement à distance et à domicile, inégalité d’accès aux portails d’apprentissage numérique, lacunes en matière de garde d’enfants, coûts économiques élevés (lorsque les écoles sont fermées, les parents qui travaillent sont plus susceptibles de s’absenter pour garder leurs enfants, ce qui entraîne souvent des pertes de salaire et nuit à la productivité), incidence mécanique sur le système de santé, pression accrue sur les établissements scolaires qui restent ouverts, tendance à l’augmentation des taux de décrochage scolaire.

Vous découvrirez, dans cette seconde newsletter spéciale, un ensemble de ressources composés d’articles et ressources pédagogiques sélectionnés pour accompagne les membres de notre réseau et nos partenaires dans ce contexte particulier.

Dans cette période extraordinaire qui s’est ouverte le 17 Mars 2020 avec l’annonce de la restriction des libertés de déplacement des citoyens, appelée « période de confinement », les enfants et les jeunes ont été confrontés à une myriade d’images, d’informations et discours bien souvent anxiogènes. Nous partageons ici quelques pistes et outils, premiers éléments collectés, pour les parents et les acteurs éducatifs encore en activité, afin de discuter avec les enfants et les jeunes du COVID-19 et de ses conséquences. Chaque semaine, nous enrichirons ces contenus.

 

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

CONFINEMENT, SEMAINE 2
QUELLES PERSPECTIVES, QUELLES QUESTIONS ?

Depuis une semaine, notre Fédération est entrée dans une séquence unique de son histoire. Nous avons été contraints d’adapter nos activités dans un premier temps, puis de les mettre en suspens.

Pour la première fois, nous faisons face à la réalité d’une crise sanitaire majeure, en constante évolution jour après jour. Comme le reste de la Nation, comme le reste de l’Humanité, nous sommes tributaires de l’espoir d’un traitement fiable, dans ce contexte de déploiement d’un dispositif de mesures restrictives extrêmement impactant en matière de libertés individuelles.

Dans le monde entier, le virus progresse. Partout, les États déploient leurs forces et des moyens colossaux pour endiguer les risques de contagions. Et pourtant, inexorablement, les cas se démultiplient et le nombre de morts s’accélère. Prudence avec cette banalisation des chiffres, alors que la société semble se geler à grand renfort de confinement. Pantois, nous en sommes réduits à saluer ces « Maires courageux » qui annulent des événements, interdisent des marchés et décrètent des couvres feux. Et ceux dont la main tremblerait seront cloués par la vindicte impitoyable provenant du bouillon de peur qui couve sur le feu des réseaux sociaux.

Alors que la pandémie frappe à présent tous les continents, dans une similitude anachronique des séquences, cette lutte contre le coronavirus apparait inégale d’une région du monde à une autre. Le temps passant, tous les chefs d’états et leurs gouvernements se retrouvent confrontés à des courbes de contagions dont on peine à voir l’inversion.

En ces jours de grande inquiétude, il convient de ne pas ajouter la colère à la crainte légitime, la division à la séparation nécessaire. Pourtant, en France, il apparait évident que la gestion de cette crise et son anticipation laissent entrevoir une carence majeure au sommet de l’État. Le moment venu, le peuple souhaitera y revenir. Omettre le ressentiment profond d’une société à l’égard de ses élites, datant d’avant cette crise, serait une erreur. D’ailleurs, alors que les cadres sont confinés avec leurs familles en télétravail et que l’on a assisté à un drôle d’exode urbain, les classes laborieuses demeurent au travail dans le BTP, la grande distribution, l’agriculture, le secteur de l’énergie … Conclusion : en période de crise, les inégalités persistent. Pire, elles s’amplifient.

Le Président de la République et le 1er Ministre l’ont annoncé, l’État va s’engager massivement pour protéger l’emploi et préserver l’économie. Des centaines de milliards sont convoqués d’allocution en allocution. Pourtant, on assiste à une gestion européenne de la crise qui tend à montrer que chaque état emploi se replie dans une posture souverainiste et que l’UE recule.

Pourtant, la crise passée, faudra t’il brader notre salut avec les banquiers de la BCE ? A l’heure où la récession est incontournable, devrons nous « faire des efforts » pour redresser des finances qui nous dépassent, en détricotant un peu plus notre modèle social ? Y’aura-t-il des plans d’austérité, imposés à grands menaces de sanctions économiques à l’encontre des états. Et demain l’Europe sera-t-elle gérée au profit des peuples ou des intérêts des puissances du CAC ? La vigilance sera de mise.

Le combat contre l’épidémie nous place face à une injonction contradictoire : pour protéger la communauté, il faut s’en extraire ; pour préserver le collectif, il faut le fragmenter en une multitude de retraits individuels.

Un enseignement, espérons que l’on se souviendra, au détour de cette crise, à quel point l’hôpital public et, d’une manière générale, la santé n’ont pas de prix. C’est à un système sanitaire à bout de souffle, à des personnels de santé qui n’avaient cessé de tirer le signal d’alarme sans être entendus que l’on demande, dès à présent, des sacrifices inouïs.

Nul doute que face au Covid-19, les démocraties devront affronter des questions vertigineuses. Jusqu’où consentir à la restriction de nos libertés élémentaires ? Jusqu’à quel point paralyser l’économie pour immobiliser la maladie ? Comment renoncer à des habitudes qui finissent par nuire à l’ensemble des humains ? Faut-il bouleverser ce système ?

Cette épreuve, pour la première fois à l’échelle de continents entiers, peut bouleverser durablement le cours de nos sociétés. Dans les semaines prochaines, les scientifiques guideront les dirigeants dans leurs décisions. C’est pourquoi, alors que des millions de citoyens et leurs enfants doivent réapprendre à organiser le temps d’une journée et des semaines prochaines, nous avons décidé d’accompagner les membres de notre réseau et les adhérents de notre mouvement.

La Fédération va donc travailler à déployer une nouvelle ligne éditoriale pour les semaines à venir et accompagner, comme depuis toujours, la société dans cette nouvelle épreuve.

De façon hebdomadaire, nous diffuserons une newsletter, sur trois angles : accompagner, relayer et valoriser.

Quotidiennement, sur les réseaux sociaux, nous travaillerons à mettre en avant les bons contenus glanés par nos équipes et partenaires.

 

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

La France face au syndrome MILA

Mila est enfin retournée au lycée. La jeune Iséroise de 16 ans n’avait, jusque début février, plus mis les pieds dans son établissement scolaire depuis l’avalanche de menaces de mort dont elle est victime, faisant suite à ses propos critiques sur l’Islam. Une situation qui interpelle alors que la critique de la religion est un droit constitutionnel dans notre pays, quelle que soit la religion ciblée.

Le mois dernier, notre édito d’INFOLIGUE invitait nos adhérents à s’interroger sur la question de la liberté de la presse, et bien au-delà, de la liberté d’expression, 5 ans après les attentats contre Charlie Hebdo de 2015.

Depuis plusieurs semaines, Mila, une jeune lycéenne est déscolarisée, pour cause de menaces de mort suite à ses propos critiques sur, mais pas nécessairement contre, une religion. Si l’adolescente de 16 ans n’a pas été exfiltrée de son lycée, elle n’est pourtant pas en capacité de réintégrer son établissement scolaire … ni aucun autre.

Après avoir ouvert une enquête pour « provocation à la haine raciale » à son encontre, le parquet de Vienne a finalement classé cette procédure sans suite le jeudi 30 janvier. Le même jour, la Ministre de la Justice reconnaissait avoir commis une maladresse en déclarant qu’insulter une religion était « une atteinte à la liberté de conscience ». Trop tard, le processus de buzz s’était déjà enclenché.

Février 2020, en plein mouvement contre la réforme des retraites et alors que la question du Corona virus contribue à tendre progressivement l’opinion public, voilà qu’à nouveau la France s’interroge sur une question épidermique liée à son rapport au religieux, et notre société semble butter sur la notion de Laïcité.

A nouveau, il convient d’alerter face à ces réactions en chaîne, inquisition de jeunes gens mis aux piloris par des bien penseurs, doublé d’un déferlement systématique de haine sur les réseaux sociaux, sous couvert d’anonymat.

Le racisme qu’est-ce que c’est ? (…) C’est la mise en question des personnes pour ce qu’elles sont. Mais ce n’est pas la mise en question de la religion. On a le droit (…) d’être athéophobe, comme on a le droit d’être islamophobe, en revanche, on n’a pas le droit de rejeter des hommes et des femmes parce qu’ils sont musulmans”, a expliqué le philosophe Henri Peña-Ruiz.

Pourtant pas d’amalgame, nous condamnons les discours de haine qu’ils soient antisémites, anti-immigration, anti-islam, antiféministes, anti LGBT… Mais, nous invitons à la mesure et à défendre pour chacun la liberté d’expression. Critiquer le « sacré » n’est en rien un crime.

Force est de constater qu’en France, en 2020, une jeune femme puisse encore devenir le bouc émissaire et l’objet de curiosité de toute une frange de la classe médiatique et politique.

Attention aux dommages, alors qu’on livre une mineure en pâture aux médias et haters, qu’on dévoile son orientation sexuelle au grand jour, passe au crible ses qualités et défauts, analyse son apparence ou ses aspirations … n’est-ce pas une forme d’inquisition ou une démarche qui rappelle des méthodes fascistes et totalitaristes ? Comme un drôle d’écho au traitement réservé à la jeune Gréta Thunberg, égérie de la jeunesse mobilisée contre le changement climatique et poil à gratter des Gouvernants et des géants économiques mondiaux.

Nous rappelons que partout en France il est possible de critiquer ou d’insulter une religion, ou toute autre croyance et conviction philosophique ou politique, sans encourir de poursuites. Une garantie de liberté d’expression notamment assurée par les articles 10 et 11 de la Constitution française.

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Dans un contexte où la démocratie est affaiblie par la crise sociale et morale subie par nombre de concitoyens, la volonté première depuis l’origine de notre mouvement d’éducation populaire est de former les citoyens et de faire vivre une démocratie vivante et plus continue.

On ne nait par citoyen, on le devient. Cela s’apprend et lorsqu’une démocratie oublie ce fondamental, le risque est majeur.

Notre défi citoyen peut se décliner ainsi :

  • Agir avec les citoyens plutôt que pour eux
  • Agir en priorité vers les milieux populaires
  • Retrouver les moyens d’agir pour l’école de tous
  • Faire en sorte que la diversité culturelle soit vécue comme une richesse pour la société
  • Permettre l’accès de tous aux loisirs et aux vacances
  • Favoriser la mise en œuvre d’une culture politique de l’environnement et du développement durable
  • Reconnaître et favoriser l’expression de la diversité et lutter contre toutes les formes de discrimination

Les élections municipales représentent une très belle occasion de partager et faire vivre un message fort à l’attention des véritables décideurs : les électeurs.

Nous nous sommes donc engagés, Fédérations du Nord et du Pas-de-Calais, dans une démarche de mise en valeur de nos dispositifs, des initiatives des membres de notre réseau, en matière de citoyenneté notamment, en vue de faire société.

Laïque et indépendante, la Ligue utilise les champs éducatifs, artistiques, de l’ESS, du numérique, de l’école pour diffuser ses valeurs et son message.

Nous vous invitons à découvrir les 3 premières vidéos d’une campagne à retrouver sur les réseaux sociaux :
#1 éducation
#2 ESS
#3 Citoyenneté numérique

La Ligue de l’enseignement accompagne les acteurs éducatifs, les enseignants, les familles, les formateurs et les animateurs, les élus et agents des collectivités locales, pour que le droit à l’éducation profite réellement à tous et tout au long de la vie.
L’éducation est un bien commun.
#fairesociété #éducation

Chers amis,

Merci à vous d’avoir répondu à notre appel et d’être présents ici ce soir.

Pour nous, il ne s’agit pas seulement de satisfaire à une tradition, c’est aussi l’occasion d’une rencontre et d’un échange que nos obligations quotidiennes nous empêchent de réaliser plus souvent.

Tout d’abord donc et au nom du Conseil d’administration de notre Fédération, à toutes et à tous, j’adresse nos vœux de bonheur les plus chaleureux, pour vous et pour tous ceux qui vous sont chers. Pour la Ligue de l’Enseignement, nous souhaitons que l’année 2020 soit une année où de réelles conditions du « vivre ensemble » soient instaurées. Autant qu’en 2019, je reste persuadé que l’utopie d’aujourd’hui sera la réalité de demain.

Ces vœux peuvent paraître décalés au milieu d’une actualité qui ne nous laisse pas indifférents. Cette actualité nous oblige, au contraire, à réactiver la parole de Jean MACÉ à la fondation de notre mouvement : « la Ligue poursuit un but essentiellement politique, mais elle ne s’occupe ni de politique, ni de religion, elle ne s’occupe que de l’éducation au suffrage universel, non pour faire des élections mais des électeurs, non pour faire des candidats mais des citoyens ».

Voici donc une nouvelle année qui débute, avec une planète qui se dégrade de plus en plus vite dans un pays où le pessimisme de nos concitoyens prend de plus en plus de place, dans un climat social très perturbé.

La révolte des gilets jaunes a réactualisé un double questionnement national, celui des causes de la paupérisation croissante d’une majorité de français et celui de l’accroissement des inégalités sociales, financières et culturelles singulièrement marquées sur nos territoires. Dans le monde d’aujourd’hui, il faut cumuler les ressources de près de quatre milliards de personnes pour obtenir l’équivalent de ce que possèdent les vingt-cinq personnes les plus riches.

 

Qui a dit que la lutte des classes n’était plus de ce temps ? Elle a simplement été inversée.

Dans le dossier de la réforme des retraites, extrêmement impopulaire, le gouvernement multiplie les provocations. Après cinq semaines de manifestations, les appels à discuter ressemblent à des mauvaises blagues. Appeler les syndicats à une concertation alors que le projet de réforme est déjà au Conseil d’Etat, ou à une conférence sur le financement des retraites sans ouvrir la porte à la hausse des cotisations…

Dans ce contexte où le réformisme prend le pas sur le sens des dispositifs publics en place, méfions-nous de ceux qui font preuve d’un grand zèle pour réorganiser et rendre compétitif l’action publique. Méfions-nous de l’apparition d’une chimère, cette « mystique républicaine et laïque ».

Mystifier les valeurs des institutions a toujours été une potentielle recette pour le totalitarisme et le fonds de commerce des adeptes de l’obscurantisme.

Ne sont-ils pas les mêmes que ceux qui réduisent leur soutien au monde associatif, pourtant en première ligne comme ciment du vivre ensemble ?

Est-ce là la version d’une fraternité républicaine que le Gouvernement nous propose ?

 

La Fraternité est une partie intégrante de notre devise nationale : Liberté, Égalité, Fraternité.

C’est un principe républicain fondamental. Mais quel sens lui donner, pour finalement l’incarner ?

Si je faisais le test en vous interrogeant, il se pourrait qu’il y ait une définition propre à chacune des personnes présentes ce soir.

C’est une notion ambiguë, que nous avons le sentiment de bien connaître, mais qui est en partie indéfinissable. Pourtant, ce mot est inscrit en lettres capitales sur les frontons des mairies et des écoles publiques, dans l’ensemble de notre pays.

Fédération d’associations, acteurs du monde de l’éducation populaire, quelles sont nos obligations auprès de nos publics et aux côtés des pouvoirs publics pour donner corps à cette notion républicaine ?

Pourtant, régulièrement, on y revient, sur les plateaux télé, dans les journaux, sur internet, dans nos AG, nos réunions de CA, les projets pédagogiques ou nos réponses aux appels à subventions … sans pour autant y consacrer des temps dédiés qui nous permettent de réinterroger collectivement ces fondamentaux. C’est un travail essentiel !

Chers amis, n’oublions pas que la République est aussi censée être « sociale ».  Il s’agit de bon sens. C’est là que le principe de fraternité devient central.

Dans toute société digne de ce nom, il existe une obligation de solidarité. Elle se traduit par l’existence de dispositifs visant, par exemple, à assurer un secours à ceux qui sont dans le besoin ou en danger, à organiser un système de santé publique, à indemniser ceux qui connaissent des situations de chômage contre leur volonté, à assurer l’existence de ceux qui ne sont plus en état de travailler, à offrir un asile à ceux qui ne sont plus capables de gérer seul leur existence – et d’une manière générale à contribuer par l’impôt aux nécessités collectives.

Plus simplement, c’est la fraternité qui introduit de l’humanité dans l’espace républicain.

Et l’école dans tout ça ? Les cours d’écoles sont-elles réellement des espaces d’apprentissage de la fraternité ?

Inévitablement, les enseignants y sont confrontés chaque jour, eux qui au quotidien gèrent les différences et apprennent aux enfants à composer avec leurs propres représentations, ou celles transmises au contact de leurs parents.

La Ligue de l’enseignement, et plus particulièrement la Fédération du Nord, doivent renforcer l’effort dans ce lent processus qui conduit les plus jeunes et moins jeunes vers le statut de citoyen. Vivre ensemble, cela ne se décrète pas.

Faire société, les uns avec les autres, cela s’apprend et il faut constamment en cultiver les fruits.

 

En 2020, nous allons nous mobiliser fortement, avec les associations affiliées, nos partenaires, les collectivités et l’ensemble des membres de notre réseau afin de créer un grand temps de partage et d’initiatives collectives autour de la question de la Fraternité.

Les équipes de salariés de la Fédération travaillent d’ores et déjà dans ce sens.

C’est donc toute une semaine que nous aurons l’occasion de vivre ensemble au mois de mars, autour de la date du 21 mars, décrétée par l’ONU en octobre 1966 comme la « Journée internationale de lutte contre les discriminations raciales ».

Le 24 janvier, toute la journée, nous travaillerons à programmer une semaine complète d’actions pour le printemps, au centre social du Faubourg de Béthune à Lille, en plein cœur d’un des quartiers les plus concernés de la Métropole lilloise.

Nous invitons donc les associations, mairies et établissements scolaires du département à s’associer à notre fédération pour mettre en place une semaine festive d’éducation à la diversité́, aux cultures plurielles et à la lutte contre les discriminations. Cette semaine sera guidée par la volonté́ d’éveiller les consciences et de les mettre en mouvement, afin que chacun puisse prendre conscience de l’autre, tout en respectant les différences.

Tous les acteurs du département sont invités à y participer en proposant une animation sur le thème de l’éducation à la diversité́ et aux cultures plurielles, de la lutte contre le racisme et les discriminations et de la fraternité́ comme support du vivre ensemble.

Chers amis, avant de trinquer ensemble à cette année qui débute, je forme des vœux de participation active aux activités de toutes les associations qui œuvrent au quotidien pour plus de justice sociale, pour un meilleur accès de tous à la culture, aux sports, aux loisirs.

Des vœux de réussite pour toutes ces actions. Des vœux de satisfaction, d’enrichissement et d’épanouissement pour tous les bénévoles qui, sans compter leur temps, de manière désintéressée, font vivre ces associations.

Que 2020 soit pour vous toutes et tous une belle année aux côtés de notre fédération qui, je vous le rappelle, est à votre service pour vous aider à mener à bien toutes vos initiatives, et, à vos côtés, lutter pour conforter la laïcité, qui a plus que jamais besoin de mixité sociale et d’une lutte sans merci contre toutes les inégalités et discriminations.

Je terminerai en reprenant le message qu’un de nos administrateurs m’a envoyé et qui illustre notre carton d’invitation à ces vœux.

« Nous restons et devrons rester une main tendue et ouverte et fermer le poing quand il faudra le lever pour défendre notre République et la laïcité. »

Merci André pour ce message symbolique et, à nouveau, merci à vous d’être présents ce soir.

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Janvier 2020 / Fédération du Nord de la Ligue de l’enseignement

L’esprit Charlie, dans un contexte de liberté d’expression en recul et instrumentalisée, qu’en reste-t-il ?

Il y a cinq ans, des millions de citoyens se rassemblaient dans les rues de France pour affirmer leur solidarité avec les victimes de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher et les policiers tombés, tous assassinés au nom de l’obscurantisme et du terrorisme. Ils étaient assassinés parce qu’ils étaient libres, parce qu’ils étaient dessinateurs, journalistes, juifs, gardiens de la paix, et plus généralement parce qu’ils refusaient de se mettre à genoux face à ceux qui veulent nous priver de toute liberté.

Cinq ans après ces tueries, et malgré la vague internationale de soutien à la liberté d’expression qui verra plus d’une centaine de chefs d’états et leurs représentants défiler ensemble au-devant d’un million et demi de personnes à Paris, le dessin de presse reste un genre menacé dans le monde, entre des journaux de plus en plus frileux et des réseaux sociaux prompts à l’indignation.

Illustration, le New York Times a décidé en juin d’arrêter toute publication de dessins de presse dans les pages de son édition internationale, après une polémique liée à une caricature jugée antisémite. Faut-il y voir un recul ou un renoncement ?

A n’en pas douter, l’esprit Charlie est toujours vivant lorsqu’il s’agit de défendre la liberté d’expression. Pourtant, cette censure persiste aujourd’hui dans de nombreux pays, où des dessinateurs sont menacés, licenciés, poursuivis en justice, voire emprisonnés.

En France, et dans le Nord particulièrement, nous devons plus qu’ailleurs faire preuve d’une grande prudence quant à la manière dont nous manions la notion de liberté d’expression.

Certains protagonistes l’invoquent régulièrement, mais bien souvent lorsqu’elle sert leurs intérêts exclusifs. Faire société, cela implique de donner à chacun les moyens de se comprendre et de vivre ensemble. Les pensées extrêmes, qu’elles soient politiques, philosophiques, religieuses ou idéologiques doivent nous inquièter et nous mobiliser. Il nous appartient de les décoder et de les combattre par tous les moyens.

Danger également, cette tendance croissante au complotisme, en opposition à la liberté d’expression. Bien souvent, il s’agit plutôt d’une stratégie visant à instrumentaliser l’opinion public, à déconstruire les vérités et à tisser des mensonges en vues d’attiser les peurs. Résultats : replis sur soi, rejets des différences et discriminations.

Là encore, en la matière, nous devons innover et prendre des initiatives fortes aux côtés des acteurs publics.

Pourtant, en cette année d’élection municipale, plus que jamais c’est l’occasion de rappeler que les politiques publiques doivent permettre au plus grand nombre de supporter et encourager des dispositifs de sensibilisation, de décodage des médias et de l’information.

La citoyenneté n’est pas innée. Elle se construit alors que notre société est malade et menacée par ces formes d’obscurantismes, pour demeurer laïque et protectrice, la République doit favoriser une presse libre et indépendante, mais aussi elle doit éveiller chez les citoyen-nes un goût de l’exigence à l’égard de la presse.

Je suis Charlie, nous sommes Charlie, et cela implique, plus qu’une incantation, de vraies responsabilités qui nous amèneront tous cette année à faire des choix et voter pour les projets politiques de ceux qui travailleront à construire la société de demain.

Enfin, en ce début d’année, j’ai le plaisir de vous souhaiter, au nom des membres du Conseil d’Administration et de l’ensemble du personnel de la Fédération, une bonne année.

Tous nos vœux de bonheur, de bonne santé et de citoyenneté active et éveillée.

Bruno VERBEKEN
Président de la Fédération du Nord

Du 9 au 18 Décembre, la Ligue de l’enseignement du Nord a coordonné la mise en place d’une Semaine Départementale dédiée à la Laïcité. Pour cette première édition dans le Nord, associations, collectivités et établissements scolaires, se sont unis pour faire vivre, ensemble, les valeurs propres au principe de la laïcité.

Ainsi, plus de 30 actions ont été portées par nos partenaires : journées de sensibilisation, expositions, débats, projections, théâtre forum, actions humanitaires et célébrations.

La diversité des actions, des publics participants et des lieux d’expression et d’affirmation de l’importance du principe de laïcité prouvent que notre société dispose des ressorts nécessaires à la mise en actes des valeurs qui fondent notre république.

Les semaines départementales sont un moyen concret pour chacun des acteurs de la vie publique de faire vivre la laïcité.

En attendant de vous retrouver pour l’édition 2020, nous sommes en plein préparatif de la semaine départementale de la Fraternité.

Prochain rendez-vous le 24 Janvier à la Maison de Quartier – Centre Social du Faubourg de Béthune !

Pour plus d’informations : qdenoyelle@ligue59.org

En cette période de mobilisation sociale intense, il apparait essentiel de recontextualiser le mouvement social actuel à l’échelle de notre histoire et d’en décoder les origines.

 

Alors que plus d’un français sur deux soutiennent le mouvement contre la réforme des retraites, que reste-t-il de cette culture syndicale initiatrice des grandes mobilisations du 20ème siècle, celles qui demeurent au cœur des acquis sociaux d’aujourd’hui et pour lesquels les français s’estiment majoritairement inquiets ? (Sondage IFOP novembre 2019)

 

Incontestablement, du Front populaire aux Gilets Jaunes, notre modèle social s’est lentement fissuré, et cela sans nécessaire cause à effet, à mesure que le poids des partis politiques et des corps intermédiaires s’est réduit à peau de chagrin.

Et pourtant en juin 1936, la France comptera 6 millions de grévistes dans toutes ses régions. Au lendemain de son investiture au Parlement, le gouvernement du Front populaire réunira à Matignon les « partenaires sociaux » – représentants patronaux comme syndicaux – dans la nuit des 7 et 8 juin. Ce formidable exercice de dialogue social aboutira aux accords de Matignon qui consacreront la reconnaissance du droit syndical, le principe des conventions collectives, la représentativité ouvrière et une revalorisation des salaires d’entre 7 et 15 %. Incontestablement c’est l’un des plus grands succès de la classe ouvrière.

En avril 68, Le Monde écrivait : « La France s’ennuie ». Pourtant, à la fin du mois de mai, plus de 10 millions de grévistes feront céder un pouvoir conservateur, dans une France où la répartition des richesses reste alors bloquée par le patronat.

En novembre-décembre 1995, c’est le « plan Juppé » sur la réforme des retraites et sur l’assurance-maladie qui fédérera les mécontentements. Trop rapidement, sous les coups d’un libéralisme dopé par la mondialisation, notre pays voit ses élites politiques engager des « réformes ». Là encore, face à la mobilisation des français, le Premier ministre retirera son projet.

A nouveau au court des années 2000, dans un contexte de crise économique, de hausse du chômage et de nombreuses délocalisations, l’année 2009 voit plusieurs grèves contre la réforme des retraites de 2010 faire reculer le Gouvernement en place.

 

C’est donc dans ce contexte social inédit où « la réforme » et le « redéploiement des moyens » l’emportent sur ce principe central de solidarité, sur le sens des dispositifs en place et dans lequel les services publics s’ouvrent à la concurrence, que l’incertitude sur l’avenir gagne l’esprit des travailleurs, qu’ils soient salariés ou fonctionnaires.

 

Militants du monde de l’éducation populaire, nous demeurons pleinement acteurs et relais d’une société fragilisée, dans laquelle notre mobilisation n’a de sens que si la justice sociale demeure.

Le progrès, au profit du plus grand nombre apparait être l’une des clés du vivre ensemble et d’une fraternité réelle.

Nous rappelons que ce sont les inégalités qui génèrent une partie du repli sur soi et qui conduisent aux dérives communautaristes et nationalistes, d’autant plus que les corps intermédiaires ne jouent plus ce rôle central d’éducation populaire qu’ils assumaient jusque-là.

 

Nul doute qu’en cette fin d’année, la mobilisation sociale impactera dans de nombreux foyers l’état d’esprit à la veille des fêtes de fin d’année.

 

Au nom des membres du Conseil d’Administration et de l’ensemble du personnel, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année.

Du 9 au 18 décembre, la ligue de l’enseignement du Nord en partenariat avec le CEDRE, a coordonné la quatrième édition de la semaine départementale autour de la laïcité.Cette initiative a été pour nous l’occasion de rassembler ceux qui, comme nous, sont attachés à faire vivre la laïcité comme principe essentiel du vivre ensemble.

Rencontres, ateliers, spectacles, expositions, activités sportives, concerts, débats, projections, jeux… Plus de 20 actions militantes ont été organisées par les associations du département, les écoles, et les structures partenaires.

Nous sommes et resterons toujours fermement attachés à une laïcité qui rassemble, une laïcité en actes qui garantit la connaissance de l’autre, pour que tous, enfants comme adultes, puissent d’épanouir ensemble et « faire société ».

Contact :

Quentin DENOYELLE
Chargé de mission Vie Associative

qdenoyelle@ligue59.org

03 20 14 55 00