Éduquer à la fraternité (pendant et apres le confinement)

Pendant toute la durée du confinement, chaque semaine, la Ligue de l’enseignement du Nord et du Pas-de-Calais partagent des publications autour des différentes opportunités éducatives et pédagogiques que nous offre cette période. En nous appuyant sur les actualités, en lien avec le COVID 19, l’idée est de s’en servir de point de départ d’une mise en perspective pédagogique avec nos enfants et jeunes à la maison ou en structure éducative encore active.

Quatrième numéro de ce dossier : Éduquer à la fraternité

 

Dans le rétroviseur : Les épidémies déclenchent la recherche de boucs émissaires

Les différents épisodes historiques d’épidémies ont vu l’intensification de la xénophobie et de la stigmatisation des minorités. En France, c’est particulièrement vrai à l’époque où la peste noire vient tout juste d’entrer en Europe (1347). En cinq ans, l’épidémie va tuer entre 30 et 60% de la population du continent, et les incertitudes autour de la maladie entrainent la recherche de boucs émissaires. A ce moment-là, ce seront les juifs qui seront visés, soupçonnés d’être à la source de l’épidémie, ils sont par exemple accusés d’empoisonner des puits pour diffuser la peste noire. Les conséquences sont importantes pour les juifs européens de l’époque : des personnes se soulèvent alors dans plusieurs villes et décident de les chasser, en France, en Allemagne, en Suisse et en Espagne.  À Toulon et à Barcelone en 1348 et à Strasbourg en 1349 certains juifs sont mêmes exécutés.

Pour aller un peu plus loin sur l’aspect historique, un podcast à écouter par ici : https://www.franceculture.fr/histoire/epidemies-la-fabrique-des-boucs-emissaires

 

Dans le monde : la montée des intolérances

Dans différents pays à travers le monde le COVID 19 et la crise qu’il engendre est un puissant révélateur des facteurs de fractures sociales, mais aussi ethniques et religieuses qu’il ravive parfois de manière tragique. C’est le cas par exemple de l’Inde, laïque dans sa Constitution, mais où les autorités nationalistes hindoues assurent que les musulmans ont joué un rôle décisif dans la propagation de l’épidémie.

En Amérique Latine, beaucoup de personnes vivants dans des pays ayant vu arrivés ces dernières années de migrants vénézuéliens, voient en eux des porteurs de virus en puissance.

Mais les pays du Sud, ne sont pas les seuls concernés par cette montée des intolérance, ravivée par l’épidémie de COVID 19, aux États Unis est constaté une hausse des actes et incivilités à l’encontre des personnes d’origine asiatique – alors que pendant ce temps Donald Trump, continue d’alimenter les préjugés en parlant publiquement du « virus chinois »  transgressant ainsi la règle définie par l’Organisation mondiale de la santé et la communauté internationale de ne pas lier un virus avec des pays, des régions spécifiques, ou des communautés en particulier.

Chacun ses obsessions, mais on observe des phénomènes partagés à travers le monde de montée des intolérances sur fond de crise économique et sociale planétaire dans lesquelles certaines sociétés désignent souvent les plus fragiles, les migrants, les minorités religieuses ou sexuelles en les accusant de favoriser la propagation de l’épidémie.

 

En France : Le virus de la Haine 

Dans la France de 2020, des enfants d’origine asiatique mis à l’écart ou victimes de blagues racistes, des changements de comportement à l’égard de nos concitoyens d’origine asiatique dans les lieux publics, allant jusqu’à des atteintes physiques comme dans un supermarché où un étudiant a été violemment pris à parti, dans le métro parisien où un homme a crié sa haine des « asiatiques », ou encore une lycéenne violentée et insultée dans le Morbihan.

Selon un sondage d’Ipsos, 12 % des français interrogés pensent éviter les contacts avec les personnes d’origine chinoise et 13 % pensent éviter d’aller manger dans des restaurants asiatiques.

Phénomène plutôt absent du traitement médiatique actuel, les médias contribuent même parfois à véhiculer les préjugés contre les personnes d’origine asiatique. Ainsi le 26 janvier dernier par exemple, le journal « Le Courrier picard » affichait en première page la photo d’une femme asiatique avec pour titre « Alerte Jaune ». Ce journal a également publié un éditorial intitulé « Le péril jaune ? » renvoyant au terme du XIXe siècle indiquant le possible danger que les peuples d’Asie gouvernent le monde.

 

 Je ne suis pas un virus

Contre le racisme qui touche les populations d’origine asiatique, un tag twitter « Je ne suis pas un virus » s’est développé et est partagé sur les réseaux sociaux afin de lutter contre les préjugés, toujours préalables aux actes discriminatoires et racistes.

Il est important de rappeler le lien subtil entre la propagation de préjugés et les conséquences qu’il peuvent avoir sur le réel et sur le vivre ensemble démocratique tel que nous souhaitons le construire au quotidien. Nous connaissons les effets néfastes des préjugés et des discriminations. Les personnes qui en sont les victimes sont plus susceptibles de souffrir de dépression, de stress, d’anxiété et de manifester de l’agressivité. Ils sont caractérisés par une faible estime de soi, un niveau de performance réduit et une satisfaction de vie diminuée. Les préjugés et la discrimination réduisent les chances de réussir à l’école, à l’université et dans le monde professionnel. Le coût pour la société est considérable, allant jusqu’à la fragmentation de notre cohésion nationale.

 

Quelques ressources sur la plateforme Lumni

 Le site Lumni, est un site de ressources à destination des écoliers, collégiens ou lycéens. De nombreux programmes ou dossiers évoquent la lutte contre les préjugés, le racisme et l’antisémitisme.

Parmi ces programmes, les 9 épisodes de la mini-série réalisée par la chaine Franco-allemande Arte « Ils ont ton âge, portraits d’enfants » sont particulièrement réussis. En plus de nous faire voyager et nous évader de notre confinement, ces vidéos invitent vraiment à développer le sentiment de l’ater-égo, la considération de l’autre comme un autre soi. Les différents épisodes nous présentent enfants vivant dans d’autres régions du monde, leur quotidien et leurs différences culturelles. Un moyen parmi d’autre de s’ouvrir aux autres, en découvrant que nos différences font notre richesse, depuis nos écrans confinés.

C’est quoi le racisme ?

Pas moins de 629 épisodes de la série « 1 jour ; 1 question » sont disponibles en ligne, toujours via la plateforme Lumni. Celle qui nous intéresse ici est la vidéo consacrée à la question du racisme, simple mais efficace, et particulièrement adaptée à un très jeune public (CP – CE1 – CE2).

On pourra aussi en profiter pour regarder les vidéos consacrés aux sujets en lien avec l’épidémie de COVID 19 comme par exemple :

  • Comment les français s’entraident face au COVID-19 ?
  • C’est quoi le confinement ?
  • C’est quoi l’OMS ?
  • C’est quoi une pandémide ?
  • Comment se protéger du COVID 19 ?
  • C’est quoi le coronavirus

Ces vidéos, et bien d’autres à retrouver par ici : https://www.lumni.fr/marque/1-jour-1-question

 

Résister à l’engrenage raciste avec le camp des milles

Le Camp des Milles était le principal lieu d’internement français, de transit et de déportation dans le sud-est de la France pendant la seconde guerre mondiale. Il est le seul camp français encore intact transformé depuis 2012 en mémorial. Quelques 10 000 personnes y ont transité, parmi lesquels 2 500 juifs, hommes, femmes et enfants déportés à Auschwitz.  Remarquablement pensé, non comme un simple lieu de transmission du passé mais aussi comme un centre d’enseignement pédagogique pour lutter contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme, ce mémorial partage également des ressources en ligne.

Un Manuel d’abord – Le mémorial du camp des milles republie son très intéressant « Petit Manuel de Survie Démocratique », à mettre entre toutes les mains d’éducateurs et d’enseignants.

Ce « Petit Manuel » de quelques 56 pages, résume des analyses scientifiques réalisées il y a une dizaine d’années sur les engrenages qui ont mené et peuvent encore mener au pire. Ces engrenages semblent nous décrire les étapes que nous (re)vivons. La séquence de la page 15 est particulièrement éclairante : perte de repères ; institutions attaquées ou ébranlées ; rejet des élites ; désordres…

Cette édition est une réédition avec pour complément les pages 27-30 où l’on trouve un nouvel outil à visée pédagogique. Il montre en effet une multiplication par 4 des risques pour la démocratie depuis 1990 en France. Mais nous avertissent les rédacteurs : « nous savons surtout que ces engrenages sont résistibles. Et que comprendre pour agir est la première étape de la résistance ». Profitons donc du confinement pour comprendre ce qui nous arrive et sur nos manières d’y résister.

Résister justement pourrait être le titre du second outil présenté ici, réalisé et partagé en ligne par le site du mémorial du camps des milles : un outil numérique interactif pour comprendre les trois grandes étapes qui nous ont menés au génocide juif en Europe en partant du racisme.

Sous forme d’un gigantesque schéma l’outil décrit chaque étape du génocide (préjugés, majorité passive, violence, régime autoritaire, crimes de masse …) – avec une orientation affirmée : toujours résister avant qu’il ne soit trop tard.

Cet outil numérique interactif a été créé par la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation, en partenariat avec le Musée national Auschwitz-Birkenau et avec le support de l’International Holocaust Remembrance Alliance et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Ses bases scientifiques ont été développées dans l’ouvrage “POUR RÉSISTER… à l’engrenage des extrémismes, des racismes et de l’antisémitisme (Paris,2015) dirigé par le professeur Alain Chouraqui, Directeur de recherche émérite au CNRS.

Enfin on trouvera quelques autres ressources culturelles et citoyennes pour mieux vivre le confinement proposées par le mémorial du camp des milles directement sur leur site internet.

 

Une briquette dans la mare des solitudes

Dans l’Arrageois, l’association La Brique a lancé une initiative permettant aux enfants (et aux grands enfants) d’envoyer des mots de solidarités et de sympathie aux personnes qui résident en EHPAD, et pour qui les conditions de sécurité sanitaire altèrent bien souvent les libertés élémentaires et les joies de la convivialité entre résident, uniques remparts pour briser les solitudes.

Le système est simple, on écrit ce que l’on veut à un inconnu et la Brique, apportent cette « briquette » et fais le relai auprès d’un-e résident-e, qui peut répondre si l’adresse de l’expéditeur est renseignée.

Idéal pour faire des petits ateliers d’écriture avec les enfants !

Pour participer, toutes les infos sur la page Facebook de l’association

 

 

Les ressources proposées par la Ligue de l’enseignement

Les fédérations du Nord et du Pas de Calais de la Ligue de l’enseignement mettent à disposition des ressources éducatives pour les enseignants et les acteurs éducatifs des territoires. Pendant le confinement la mise à disposition physique n’est évidemment plus possible, néanmoins il est possible de prendre connaissance de ces différentes ressources dans le livret que vous trouverez ici

Une des ressources que l’on peut d’ores et déjà consulter depuis la maison, est l’exposition de la Bibliothèque Nationale de France sur la laïcité. L’occasion de revoir ses bases sur le principe qui fonde depuis plus de 100 ans notre capacité à faire société, la laïcité comme fondement qui pose le cadre qui rend possible la Fraternité du triptyque Républicain. Bien documentée avec de nombreux documents d’archive et visuels d’époque, cette exposition est accessible en intégralité en ligne : http://classes.bnf.fr/laicite/expo/index.htm