Éduquer à la culture de paix

Pendant toute la durée du confinement, chaque semaine, la Ligue de l’enseignement du Nord et du Pas-de-Calais partagent des publications autour des différentes opportunités éducatives et pédagogiques que nous offre cette période. En nous appuyant sur les actualités, en lien avec le COVID 19, l’idée est de s’en servir de point de départ d’une mise en perspective pédagogique avec nos enfants et jeunes à la maison ou en structure éducative encore active.

Cinquième numéro de ce dossier : Éduquer à la culture de paix

Sommes-nous en guerre ?

A six reprises, lors de son allocution le lundi 16 mars à 20h – qui a profondément changer notre vie sociale – le Président de la République a utilisé l’expression : « Nous sommes en guerre. ». Un ton martial, visant à sonner la « mobilisation générale » contre un « ennemi invisible, insaisissable ». Suivi de l’annonce d’un arsenal de mesures d’une radicalité inédite, afin de lutter contre la pandémie du COVID-19. « Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions en temps de paix », a souligné le Président.

Pourtant l’utilisation d’un lexique guerrier est largement questionnée, car nous sentons bien que, comme beaucoup de générations avant les nôtres, nous affrontons un défi colossal : la lutte, le combat contre une pandémie. En revanche, aucun de ces épisodes historiques n’ont été retenus, ni ne sont enseignés comme des épisodes de guerre, et à juste raison car ce que l’on nomme guerre a au moins une caractéristique – très importante – qui diffère de la lutte contre un virus.

”  Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde.” – Albert CAMUS

Dans la guerre il y a surtout la fabrication d’un ennemi, constitué par un groupe humain, une nationalité, une ethnie, une religion. La fabrication, dans les imaginaires, des groupes humains qui vont s’opposer dans le cadre d’une guerre est une étape préalable indispensable, qui nous amène au fait que la guerre est avant tout une construction sociale – c’est-à-dire une émanation des actions de hommes. Contrairement au virus qui nous occupe aujourd’hui, qui s’impose naturellement à nous et nous menace, de manière quasi inéluctable – alors que la guerre se construit sur le temps long.

A l’écoute du Journal de confinement de Wajdi Mouawad – dramaturge et directeur du théâtre de la colline à Paris, nous continuons à nous convaincre que nous ne sommes pas en guerre. Il a vécu, enfant, la guerre au Liban et nous rappelle ce que c’est un confinement en temps de guerre – sans commune mesure évidemment avec ce que nous vivons. Une ressource particulièrement vivifiante pour se souvenir et mesurer précisément ce que nous traversons aujourd’hui collectivement.

A écouter par ici  :

 

L’Éducation à la paix est une composante essentielle d’une l’éducation de base de qualité.

Comme la guerre, la vrai, est avant tout une construction et une fabrique des imaginaires qui vise à faire de l’autre un ennemi, alors il est possible, avec les outils de l’éducation, de prévenir et de désarmer les esprits. Notamment à l’aide de ce que l’on appelle l’éducation à la culture de la paix.

“Puisque c’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres, semons-y la paix.” – Déclaration de l’UNESCO

Le Fonds des Nations Unis pour l’enfance (UNICEF), dans un document de travail de référence, défini l’éducation à la culture de la paix comme :

« Le fait de promouvoir les connaissances, les valeurs, les attitudes et les compétences nécessaires pour susciter des changements de comportement qui vont permettre aux enfants, aux jeunes et aux adultes de prévenir les conflits et les résoudre de manière pacifique, de prévenir la violence, qu’elle soit explicite ou structurelle, et de créer les conditions qui mènent à la paix – pour soi, entre personnes, entre groupes, ou au niveau national ou international ».

 

Depuis, il y a une véritable prise de conscience que le fait d’inclure “les connaissances, compétences, attitudes et valeurs” qui contribuent à la fabrique de la paix dans l’éducation de base de qualité permet de réaliser un double objectif – d’abord sur la prévention de la violence et ensuite sur la réussite scolaire des élèves.

Pour les plus petit on pourra traduire ces enjeux de manière plus simple, en résumant la culture de paix par :

  1. Les valeurs, les attitudes et les compétences permettant le rejet de la violence et la promotion d’un climat de paix.
  2. Climat agréable pour tous et grâce à tous, où chacun peut ressentir la paix, car chacun fait du bien, mais pas du mal

Désarmer les esprits dès le plus jeune âge

On trouve de nombreuses activités et support pédagogiques à réaliser avec les plus jeunes et notamment celles de l’ONG « Graines de Paix ». Elle développe des solutions outils d’éducation pour prévenir la violence et développer une culture de la paix. Elle propose des programmes complets de formation et des ressources pédagogiques pour les enseignants, les éducateurs et les jeunes qu’ils accompagnent.

Pendant cette période de confinement, les activités ludiques pour les familles mis à disposition gratuitement en ligne sont faciles à prendre en main et à réaliser à la maison. Notamment l’écriture d’un Kasàlà, il s’agit d’un poème cérémoniel d’origine africaine qui a pour but de louer ses propres qualités ou celles des autres en les associant aux propriétés de la nature (fort comme un lion, léger comme le vent, etc.).

 

Je suis un autre toi

Les frontières sont d’abord dans la tête, c’est pourquoi l’éducation à la culture de paix doit se donner pour objet de faire tomber ces limites et ses barrières – sans toutefois annihiler la diversité qui fait toute la richesse et la beauté de notre humanité.

Mais, toute culture de paix nécessite le partage d’un destin commun, celui d’une humaine condition qui fait de l’autre, un autre moi-même. L’accent doit donc être mis sur la sensibilisation à la compréhension interculturelle, l’abolition les préjugés et les droits de l’homme. Il s’agit de transmettre les fondements de la citoyenneté et du vivre ensemble, afin de favoriser la paix à tous les niveaux.

Solidarité-Laique-1024x919C’est ce que permettent les outils « Pour un monde solidaire » développés et partagés par Solidarité Laïque. On y retrouve notamment des jeux, des livrets d’activités, des contes etc…

A retrouver par ici : https://www.solidarite-laique.org/pro/documents-pedagogiques/sensibiliser-comprendre-et-agir-contre-les-racismes-les-outils-pedagogiques/

Solidarité Laïque nous partage également un outil qui permet de contrer les tentatives d’assignation identitaire autour des personnes un peu trop facilement qualifier de « migrants », avec son livret « Stop aux idées reçues sur les enfants et les personnes migrantes ».

Dans la même veine, le projet mené par la Ligue de l’enseignement du Pas-de-Calais en 2016 baptisé « Objets Perdus » est un exemple de la possibilité à travers l’art en l’occurrence de casser les mots valise qui nous assignent à une identité et souvent nous englobent et nous enferment. Redonner aux « migrant » le statut de personne, unique car nos existences sont improbables mais réelles, en leur permettant de se raconter. Reliant l’intime à l’universelle, cette exposition allie photos et témoignages sonores – afin de redonner toute l’épaisseur d’une vie humaine, démesurément minorée par l’usage du mot « migrant ».

La description de l’exposition et les conditions d’emprunt sont à retrouver par ici :

La culture comme ciment de paix

Le théâtre, la lecture, le cinéma, les arts sont porteurs et vecteurs de paix comme peut l’être la musique, et même le rap, musique que l’on pense souvent belliqueuse et violente.

Peut-être que cette période de confinement vous invite à cohabiter avec les chansons et les artistes rap qu’écoutent vos ados à la maison. La chanson en général, certains raps aujourd’hui, partage des textes et nous invite à ce partage du sentiment d’appartenance commune et font tomber les barrières dont ont cruellement besoin les apprentis guerriers.

Dans son titre avec Aznavour « A l’ombre du show bisness » le rappeur Kery James réalise un véritable éloge de cette pratique culturelle et artistique souvent abimée par des idées reçues de toutes sortes :

Notre poésie est urbaine, l’art est universel
Notre poésie est humaine
Mais comme tout art je pense
Que le rap transcende les différences
Rassemble les cœurs avant les corps
Faisant des corps des décors, mettant les cœurs en accord

 

 

La plus récente et peut-être celle qui va le plus loin dans le message de paix, « Une seule Humanité » de Keny Arkana, militante altermondialiste marseillaise, elle aussi souligne la dialectique et l’importance d’être en paix avec soi-même pour pouvoir être en paix avec les autres – l’éducation est avant tout une éducation à devenir humain à travers des valeurs que l’on intègre et que l’on fait vivre et rayonner au fil de notre chemin :

 

 

Parfois, nous aimerions que la paix soit aussi simple qu’une chanson – rare liberté que le confinement ne nous a pas volé – continuons à chanter – la paix !